Le verbe gésir signifiait être étendu, couché, sans pouvoir se mouvoir ; être couché dans la tombe, être enterré ; être tombé, être dispersé ; se trouver enfoui, enfermé dans quelque chose ; se trouver, résider, consister. Ce verbe vient du latin jacere « être couché, être étendu ; s'étendre, être situé ». Voir aussi : gisant, gisement, gite ou gîte, giter ou gîter.
je gis, tu gis, il gît, nous gisons, vous gisez, ils gisent :
je gisais, tu gisais, il gisait, nous gisions, vous gisiez, ils gisaient ;
gis, gisons, gisez ;
(en) gisant.
Ci-git ou ci-gît signifient ici repose, ici est enterré.
On observe, de plus en plus fréquemment semble-t-il, l'usage des formes "giserait" et "giseraient" (au sens de se trouver enfoui, enfermé dans quelque chose).
Gésir est surtout employé dans l'expression des épitaphes : ci-gît, ci-gisent, « ici repose(nt) ». Le nom gisant désigne une sculpture représentant le mort couché sur un tombeau.
Il provient du latin classique jaceo de la deuxième conjugaison, « être couché, étendu ». Il s'agit d'un sens figuré à partir de jacio « lancer, jeter ». Le résultat de l'action est considéré comme un état. La racine indoeuropéenne ye donne des mots comme jet, jactance (mais non jacter) qui conservent l'idée de la projection.
Les sens du latin étaient fort étendus : séjourner avec l'idée d'abandon, être situé, être calme, stagnant, immobile, en ruines, en décombres, appesanti, abattu, démoralisé, affaissé, terrassé, abîmé par la douleur, négligé, diminué, malade, mourant, endormi, engourdi, sans vie, à la disposition de tous. Cela pouvait s'appliquer à des parties du corps ou à des inanimés. Les temps les plus employés étaient ceux de l'infectum ce qui explique pourquoi le passé simple issu du perfectum était si rare en ancien français.
L'ancien français a repris le sens le plus fréquent d'être couché, mais il a procédé à une même dérive sémantique avec gésir en pour « résider dans » (1160, Énéas). À l'époque classique, le verbe a signifié « se trouver » : « À l'endroit où gisait cette somme enterrée » (La Fontaine).
En ancien français encore, gesir de a signifié « accoucher » (1180), ce qui donne la gésine (1160) qui devait remonter à un latin populaire jacina, « couche », par le biais de l'ancien occitan jazina, « litière ». L'expression en gésine est désuète à l'époque classique. On la trouve néanmoins chez La Fontaine : « Où la laie était en gésine ».
Les dérivés de gésir sont plus nombreux qu'on pourrait le croire. Le gisant ou représentation sculptée et couchée du défunt est une forme évidente, mais le sens est en fait récent (1911) même si la forme est ancienne. Le gisant s'oppose en fait à l'orant ou statue montrant une personne en train de prier. Un autre participe présent est issu du latin de manière savante : jacent (1509). Il est formé sur jacens avec le sens d'être à l'abandon, sans propriétaire. Ce sens existait déjà en latin. Il s'emploie donc comme un concurrent de vacant.
Le participe passé gis est une réfection de geü sur les verbes du deuxième groupe, mais il a donné le gîte ou endroit pour se loger (1176), la gîte ou lieu dans lequel un bateau s'est enfoncé (1859), le gisement comme action de se coucher puis d'endroit où se trouvent des minéraux (1200). Le participe passé a donné par l'intermédiaire du gîte le verbe gîter (1210) pour fournir un gîte, puis pour se loger en parlant des bêtes. Plus spécialement encore, c'est le terrier du lapin ou du lièvre.
En savoir plus : site de Dominique Didier.
Je m’interroge sur les formes du verbe gésir. Que faudrait-il écrire si on voulait le conjuguer au subjonctif, par exemple dans Je ne pense pas qu’il (gésir) ici ? Et qu’en est-il des autres modes et des autres temps ?
L’Académie répond :
La première édition du Dictionnaire de l’Académie française, en 1694, signalait déjà que le verbe gésir était défectif. On y lisait : « Vieux mot qui n’est guere en usage qu’en quelques-uns de ses temps. Il gist, ils gisent. il gisoit. ils gisoient &c. » L’édition actuelle précise quels sont ces temps : « N’est usité qu’au présent de l’indicatif : je gis, il gît, nous gisons ; à l’imparfait : je gisais, nous gisions ; au participe présent : gisant. » Cela étant, dans son Thresor de la langue francoyse, tant ancienne que moderne, paru en 1606, Nicot donne encore une forme de participe passé et de passé simple : « Quand elle eut jeu un mois, elle releva. Elle jeut un mois, puis elle releva. » Quant aux formes de futur, elles semblent abandonnées, même si, dans son excellente Encyclopédie du bon français dans l’usage contemporain, Dupré indique que l’on trouve encore gîrai dans Tête d’Or, de Claudel : « Bientôt, tout de mon long, je gîrai par terre, les mains ouvertes », et gésirai dans Honorine, de Balzac : « Je gésirai la tête fracassée sur un pavé. »
Si ce verbe est aujourd’hui défectif, il n’en a pas toujours été ainsi ; en ancien français, on le trouvait à tous les temps et tous les modes. On avait un subjonctif présent : gise, gises, gise, gisiens, gisiez, gisent. Il existait aussi deux formes de passé simple : jui, geüs, jut, geümes, geüstes, jurent d’une part et, d’autre part, gis, gesis (ou geïs) gist, gesimes (ou geïmes), gesistes (ou gesistes), girent. De ces deux passés simples étaient tirées deux formes de subjonctif imparfait : geüsse, geüsses, geüst, geüssiens, geüssiez, geüssent et gesisse ou geïsse, etc.
On pourrait donc dire, et écrire : « Je ne pense pas qu’il gise ici », ou, avec des choix archaïsants assez prononcés : « Je ne pensais pas qu’il geüst, gessist ou geïst ici. »