Un animal
oreillard a de longues oreilles.
Un
oreillard est un âne, un lièvre ou une chauve-souris.
Un
oreillard ou une oreille, une oreillette, un
oreillon sont la partie rembourrée, située de chaque côté
du dossier de certains fauteuils, permettant d'appuyer la tête.
Une
oreille est l'un des deux organes de l'audition et de
l'équilibration des vertébrés ; l'organe de l'ouïe, l'ensemble de
l'appareil auditif ; la capacité de bien percevoir les sons ; la
confiance que l'on accorde à quelqu'un ; l'oreille externe, le
pavillon de l'oreille ; ce qui a la même fonction ; ce qui a la même
forme ou la même position. Ce nom vient du latin populaire auricula
« oreille ; ouïe ; anse de cruche, en composition dans quelques
noms de plantes : auricula muris, etc., diminutif en -icula
(à comparer avec le suffixe -ule) du latin classique auris «
oreille ; oreille attentive, attention ; jugement de l'oreille ;
orillon d'une charrue », auquel il s'est substitué.
Le
Dictionnaire
des belgicismes
indique
:
une oreille de lièvre (une mâche, une salade), en
avoir une sur l’oreille (être éméché), une oreille de béguine
(une pomme séchée au four), faire l’oreille de veau (faire
semblant de ne pas comprendre).
On
entend parfois "rabattre les oreilles" (comme certains
chiens peuvent le faire) pour "rebattre les oreilles" :
ennuyer en répétant toujours la même chose.
L'adjectif
oreillé, oreillée, a signifié pourvu(e) d'oreilles.
A.
Une oreille d'âne ou oreille de vache sont une
consoude, une plante.
B.
Une oreille d'âne ou oreille de lièvre (1) sont un
buplèvre, une plante.
Deux plantes sauvages de notre flore au moins en ont ainsi hérité
de ce surnom populaire d’oreille-d’âne : la consoude officinale
et la knautie sylvatique. Toutes les deux ont des feuilles allongées,
prolongées en pointe et un peu rugueuses au toucher. Cela dit, on a
tout autant utilisé oreille-de-vache pour désigner la première !
Plus récemment, au moins trois plantes exotiques, cultivées comme
ornementales d’appartement, ont ainsi été surnommées, soit en
français soit en anglais (Donkey’s ears). Le Sanseveria,
une asparagacée, connu aussi sous le surnom de… langue de
belle-mère, possède des feuilles épaisses (plante succulente),
très allongées et dures, un peu repliées : oreille-d’âne lui va
donc très bien. Le Kalanchoe gastonnis-bonnieri, crassulacée
originaire de Madagascar, est aussi une plante succulente aux
feuilles plus larges. Le troisième est un séneçon cinéraire
originaire de Colombie au feuillage recouvert d’un feutrage blanc
épais, Senecio niveoaureus : c’est son toucher très velu
serré qui a dû susciter cette image.
On retrouve ce surnom pour un champignon ascomycètes, une pezize
commune, Otidea onotica : cette grande espèce (pour une
pézize) se présente sous forme de coupes charnues tendres, fendues
en deux sur toute leur longueur. Les coupes jaune orangé à orange
abricot sont teintées intérieurement de rose quand elles s’ouvrent.
Ce champignon pousse dans les forêts de feuillus et de conifères en
fin d’été-automne. On la surnomme aussi oreille-de-lièvre : en
termes de proportions, les oreilles du lièvre se rapprochent
effectivement de celles de l’âne !
Extrait de Voyage avec un âne au pays des mots (Zoom nature).
C.
Une oreille d'âne sert à amener l'air par un hublot.
D.
Une oreille d'âne est un outil pour fixer une clé sur un
étau.
Une
oreille d'homme est un asaret d'Europe ou cabaret, une plante.
Une
oreille d'ours est une primevère, une plante.
Une
oreille de cochon est un appareil servant à la remise sur
rails.
Une
oreille de Judas est un champignon.
L’hyménium
caoutchouteux teinté de brun pourpre se retrouve chez sa proche
cousine (même genre : voir ci-dessous), l’oreille-de-Judas qui
fréquente essentiellement les bois morts de sureaux noirs. Cette
dernière a des carpophores nettement plus grands, bien
individualisés même s’ils peuvent être serrés ; mais surtout,
le dessus et le dessous sont de la même couleur, critère très
facile à observer. Extrait de Auriculaire mésentérique : le
champignon tripe (Zoom nature).
Une
oreille de lièvre (2) est une voile.
Une
oreille-de-mer ou oreille de Saint-Pierre sont un
haliotide ou un ormeau, un mollusque, un coquillage.
Une
oreille de Midas est un coquillage marin.
Une
oreille-de-souris ou oreille de rat sont un myosotis ou
une piloselle, une plante.
Un
oreiller est une pièce de literie, destinée à soutenir la
tête pendant le repos ; ce qui a une fonction comparable ; ce sur
quoi on se repose, ce qui assure la tranquillité de l'esprit. Ce nom
est dérivé d'oreille.
La
seconde entrée qui a retenu mon attention concerne le couple
coussin/oreiller. Je ne suis pas sûr, comme l’écrivent Hanse et
collègues, que si un Belge demande un coussin dans un hôtel en
France, il se fera d’office apporter « un coussin d’étoffe de
décoration plus ou moins grossière et peut-être plus ou moins
défraîchi » (p. 84).
En tout cas la probabilité est plus faible s’il se rend dans l’une
des zones vertes désignées sur la carte ci-dessous. En savoir plus
: Francais
de nos régions.
Une
oreillette est un petit récepteur qui s'adapte à l'oreille ;
un objet qui se place sur l'oreille ; une cavité du cœur qui reçoit
le sang et l'envoie dans le ventricule ; un beignet de pâte très
fine et étirée, cuit dans l’huile bouillante puis saupoudré de
sucre fin, traditionnel de la Chandeleur et du Mardi gras ou des
repas de fête d’hiver (voir le Dictionnaire des régionalismes
de France) ; un champignon ; une expansion du pétiole ou du
limbe ; une expansion du sommet des valves chez les mollusques
lamellibranches.
Un
oreillard
ou une oreille,
une oreillette,
un oreillon
sont la
partie rembourrée, située de chaque côté du dossier de certains
fauteuils, permettant d'appuyer la tête.
Une
oreillère ou une oreille, une oreillette, un
oreillon sont la partie d'un casque ou d'une coiffure couvrant
chacune des oreilles.
Une
oreillette ou une oreille, un oreillon, un
orillon sont une partie saillante d'un objet rappelant une
oreille.
Une
oreillette ou une oreille, un oreillon sont ce
qui, de part et d'autre d'un objet, permet de le saisir, de le fixer.
A.
Un oreillon est ce qui a la forme d'une oreille ; une partie
de l'oreille des chauves-souris ; une petite touffe de plumes
disposée de chaque côté de la tête d'un oiseau. Des oreillons
sont des rognures de peau, d'oreilles, qui servent à faire de la
colle forte.
B.
Les oreillons sont une maladie infectieuse et contagieuse.
L'adjectif ourlien, ourlienne, est relatif aux oreillons.
C.
Un oreillon ou orillon sont une saillie arrondie que
forme sur le flanc la face d'un bastion.
Les
noms oreillère, oreillette et oreillon sont dérivés d'oreille.
Les
parties du visage sont désignées pour la plupart par des mots qui
continuent leurs dénominations latines : front vient de frons,
œil d’oculus, nez de nasus. Oreille, toutefois, ne
vient pas d’auris, mais de son diminutif auricula.
Menton remonte au latin mentum par l’intermédiaire d’un
dérivé du latin vulgaire mento (accusatif mentonem).
En savoir plus : Georges Gougenheim.
Le
nom (un) auriculaire est emprunté au latin auricularius «
qui a rapport à l'oreille ». On a lu est monaural ou monauriculaire
pour monophonique.
Le
nom (un) auricule est emprunté au latin auricula « oreille ;
ouïe ; anse de cruche», diminutif de auris « oreille ;
oreille attentive, attention ; jugement de l'oreille ; orillon d'une
charrue ».
Le
verbe essoriller (couper les oreilles, couper très court les
cheveux) est dérivé d'oreille avec le préfixe privatif es- du
latin ex-.
Les
noms (une) haliotide (un mollusque) et (un) haliotis (un coquillage
de même type) sont des adaptations du latin haliotis, haliotidis,
du grec α ́ λ ι ο ς « marin » et ο υ ̃ ς, ω ̓ τ ο ́
ς « oreille ».
Le
nom (un) myosotis (une plante ; sa fleur ; sa couleur) est emprunté
au latin myosota, myosotis, transcription du grec μ υ ο ς
ω ̃ τ α, μ υ ο σ ω τ ι ́ ς « myosotis », proprement «
oreille de souris » en raison de la forme des feuilles.
Le
nom (un) ormeau (2) ormet ou ormier (une haliotide, une oreille de
mer) est une altération d'ormier, d'où l'anglais ormer,
terme dialectal de l'Ouest, du latin auris maris « oreille de
mer », en raison de la ressemblance de ce coquillage avec l'oreille,
auris «coquille» étant attesté, ou une forme contractée
de oreille de mer.
Le
nom (une) otarie (un mammifère marin) est emprunté au grec ω ̓ τ
α ́ ρ ι ο ν « petite oreille », diminutif de ο υ ̃ ς, ω
̓ τ ο ́ ς « oreille ». D'où : les otariidés.
-ote,
du grec ο υ ̃ ς, génitif ω ̓ τ ο ́ ς « oreille » :
ictérote
: qui a des oreilles jaunes ou des taches jaunes sur chaque côté
de la tête.
une
lépiote : un champignon.
mélanote
: qui a les oreilles, les ouïes noires.
oxyote
: qui a les oreilles pointues.
une
pleurote : un champignon.
une
psalliote : un champignon.
ot(o)-
est tiré du grec ο υ ̃ ς, ω ̓ τ ο ́ ς « oreille » : une
otacariase, une otalgie, un othématome, otique, une otite, otitique,
un otocéphale, otoconial, une otoconie, un otocyon, un otocyste, un
otolithe, otolithique, une otologie, otologique, une, un otologiste
ou otologue, une oto-mastoïdite, une otomycose, un otomys, une
otopathie, une otoplastie, une oto-rhino-laryngologie ou ORL ,
oto-rhino-laryngologique ou ORL, une, un un oto-rhino-laryngologiste
ou oto-rhino-laryngologue, otorhino, ORL, une otorragie ou
otorrhagie, une otorrhée ou otorrée, un otoscope, une otoscopie,
otoscopique, une otospongiose.
Le
nom (une glande) parotide (une glande salivaire ; un gonflement, une
tumeur de la parotide ou de sa région) est emprunté au latin
parotis, parotidis « gonflement des glandes de
l'oreille », du grec π α ρ ω τ ι ́ ς (de π α ρ α ́ «
à côté [de] » et ο υ ̃ ς, ω ̓ τ ο ́ ς « oreille »).
D'où : une parotidectomie (une ablation totale ou partielle de la
parotide), parotidien (relatif à la parotide, à sa région), une
parotidite (une inflammation de la parotide, accompagnant une
infection ou une intoxication).
Un étrange hasard a fait que l’année 1810 a vu, parmi celle de
nombreux autres mots, l’apparition de deux termes ayant le même
radical. En effet, on pouvait lire pour la première fois, dans le
Nouveau Dictionnaire de médecine de Joseph Capuron, le mot
otite et, dans une « Notice sur l’habitation des phoques » de
François Péron, parue dans les Annales du Muséum d’histoire
naturelle, le mot otarie. Ouvrages bien savants pour ces noms,
tous deux tirés du grec ous, ôtos, « oreille », et qui
allaient rapidement entrer dans la langue courante.
Il faut dire que cette première moitié du 19ème siècle fut une
période faste pour les mots formés à partir de cette racine,
puisque naquirent dans notre langue les termes otique (1812),
otorrhée (1823), otolithe (1827) et otocyon (1847).
L’otorhinolaryngologiste et son otoscope viendraient un peu plus
tard. L’otologie et l’otalgie dataient du 18ème siècle, mais un
autre nom les avait précédés : myosotis. L’anglais forget-me-not
et l’allemand Vergissmeinnicht nous auraient rappelé, s’il
en avait été besoin, qu’il convient de ne pas oublier cette fleur
qui symbolise le souvenir fidèle. Ce mot se rencontre d’abord chez
Rabelais sous la forme myosota, proprement « oreilles de
souris ». Et d’ailleurs, quand cette fleur fait son entrée dans
le Dictionnaire de l’Académie française, en 1762, ce n’est
pas à Myosotis qu’on la trouve, mais à Oreille de
souris, avec cependant cette note à la fin de la définition : «
On dit aussi myosotis. » Cette indication figurera jusqu’à la
sixième édition en 1835, même si à cette date Oreille de
souris cesse de faire l’objet d’une entrée séparée et doit
être cherché à Oreille. Les deux dernières éditions
soulignent que cette fleur s’appelle aussi Ne-m’oubliez-pas.
Auparavant c’est le latin qui fournissait les noms liés à cet
organe, et d’abord auris, dont le diminutif auricula,
altéré en oricla, est à l’origine du nom « oreille ».
Auris a de nombreux dérivés. Du latin auricularius, «
qui concerne l’oreille », Rabelais, encore lui, a tiré
l’expression « doigt auriculaire », pour désigner un doigt
suffisamment fin pour pouvoir être introduit dans l’oreille,
expression ensuite simplifiée en « auriculaire ». Ce n’était
pas le seul sens de auricularius, puisque le latin médiéval
appelait ainsi un confesseur – et rappelons que l’on oppose
encore la confession auriculaire (à l’oreille du prêtre) à la
confession publique –, mais aussi un confident ou un espion. Ce
rapport entre oreille et espionnage se retrouve à toutes les époques
; on l’a ainsi vu pendant les deux guerres mondiales sur de
nombreuses affiches signalant que « les murs ont des oreilles ».
De aus, une forme ancienne de auris, a été tiré
auscultare, « prêter l’oreille, écouter attentivement »,
qui a donné « ausculter », mais aussi, dès le 9ème siècle, «
écouter ». D’écouter, qui s’est d’abord écrit escouter
et a d’abord signifié « espionner », a été tiré l’ancien
français escoute, « personne qui écoute, espion », que
l’anglais nous emprunta sous la forme scout, un nom qui
désigna d’abord un soldat envoyé en éclaireur.
Le nom oreille a été particulièrement productif en français : il
est à l’origine de nombreux termes, en rapport avec les oreilles
ou liés à celles-ci par analogie. C’est le cas d’oreillard, qui
s’est d’abord rencontré comme nom avec le sens de « confesseur
», avant de désigner des animaux à grandes oreilles, âne, lièvre,
lapin et une variété de chauve-souris dont les oreilles sont aussi
grandes que le corps. Baudelaire a ajouté à ces sens, dans le Salon
de 1846, celui d’« oreille de fauteuil » : Quand la
septième heure ou huitième heure sonnée incline votre tête vers
les braises du foyer et les oreillards du fauteuil.
Il en va de même pour oreillette, qui, après avoir été une petite
oreille, a servi à nommer des couvre-oreilles, une cavité du
cœur, un beignet, une feuille de mâche (sous la forme orillette)
ou encore quelques variétés de champignons, avant d’être
aujourd’hui un récepteur de petite taille que l’on peut placer
dans son oreille.
Il y a aussi l’oreillon, qui fut dans un premier temps un coup sur
l’oreille – et qui est peut-être à l’origine du nom horion –,
puis, au pluriel, une maladie contagieuse touchant, entre autres, les
oreilles ; c’est aussi la partie mobile d’un casque romain (et
plus tard d’une casquette) protégeant les oreilles, ou une
demi-pêche ou un demi-abricot. On se gardera bien d’oublier
l’oreiller mais l’on s’étonnera que les expressions
confidences sur l’oreiller et se réconcilier sur
l’oreiller ne soient en usage que depuis le 20ème siècle,
tant il y a lieu de croire que ce qu’elles désignent est bien
antérieur.
C’est aussi d’oreille qu’est tiré le verbe essoriller, «
couper les oreilles ». On essorillait naguère certaines races de
chiens, pour que, de tombantes, leurs oreilles deviennent droites,
mais c’était aussi un supplice fort en usage au Moyen Âge. Il
était le plus souvent appliqué aux serfs et aux serviteurs de
l’Église. Cette pratique se répandit tellement que deux conciles,
au 7ème siècle, défendirent aux évêques d’infliger ce supplice
à ceux qui les servaient, et que le concile de Francfort, en 794,
interdit aux abbés de traiter ainsi les moines, quelque faute qu’ils
aient pu commettre. Les sorciers coupables de s’être rendus au
sabbat étaient essorillés avant d’être mis à mort et le
bourreau clouait leurs oreilles au gibet. La rue de la Coutellerie, à
Paris, s’appelait au 13ème siècle rue de la Vieille-Oreille
(veteris auris), ce nom passa ensuite de Guigne-Oreille à
Guigne-Ori ou Guilleri parce qu’à cet endroit se trouvait un
pilori où l’on coupait les oreilles.
Rappelons pour conclure sur l’essorillement une anecdote rapportée
par Grégoire de Tours dans son Histoire des rois francs, à
la gloire de deux maîtres d’école qui enseignaient à l’époque
où Chilpéric Ier était roi. Ce dernier, qui se piquait d’être
théologien, poète et grammairien, avait voulu, en cette qualité,
introduire une nouvelle orthographe. N’étant pas d’accord avec
cette réforme, ces deux courageux maîtres préférèrent se laisser
essoriller que d’accepter cette innovation.
Heureusement, comme cela s’est déjà vu avec penderie ou sauterie,
les mêmes mots finissent par désigner des réalités moins
cruelles. Ce fut aussi le cas avec essoriller puisque ce mot prit, à
partir du 18ème siècle, le sens de « couper les cheveux fort court
», et on lisait encore dans la 8e édition de notre Dictionnaire
: « Qui vous a ainsi essorillé ? »
Académie française