vendredi 6 mars 2026

Le verbe gésir

Le verbe gésir signifiait être étendu, couché, sans pouvoir se mouvoir ; être couché dans la tombe, être enterré ; être tombé, être dispersé ; se trouver enfoui, enfermé dans quelque chose ; se trouver, résider, consister. Ce verbe vient du latin jacere « être couché, être étendu ; s'étendre, être situé ». Voir aussi : gisant, gisement, gite ou gîte, giter ou gîter.

je gis, tu gis, il gît, nous gisons, vous gisez, ils gisent :

je gisais, tu gisais, il gisait, nous gisions, vous gisiez, ils gisaient ;

gis, gisons, gisez ;

(en) gisant.

Ci-git ou ci-gît signifient ici repose, ici est enterré.

On observe, de plus en plus fréquemment semble-t-il, l'usage des formes "giserait" et "giseraient" (au sens de se trouver enfoui, enfermé dans quelque chose).

Gésir est surtout employé dans l'expression des épitaphes : ci-gît, ci-gisent, « ici repose(nt) ». Le nom gisant désigne une sculpture représentant le mort couché sur un tombeau.

Il provient du latin classique jaceo de la deuxième conjugaison, « être couché, étendu ». Il s'agit d'un sens figuré à partir de jacio « lancer, jeter ». Le résultat de l'action est considéré comme un état. La racine indoeuropéenne ye donne des mots comme jet, jactance (mais non jacter) qui conservent l'idée de la projection.

Les sens du latin étaient fort étendus : séjourner avec l'idée d'abandon, être situé, être calme, stagnant, immobile, en ruines, en décombres, appesanti, abattu, démoralisé, affaissé, terrassé, abîmé par la douleur, négligé, diminué, malade, mourant, endormi, engourdi, sans vie, à la disposition de tous. Cela pouvait s'appliquer à des parties du corps ou à des inanimés. Les temps les plus employés étaient ceux de l'infectum ce qui explique pourquoi le passé simple issu du perfectum était si rare en ancien français.

L'ancien français a repris le sens le plus fréquent d'être couché, mais il a procédé à une même dérive sémantique avec gésir en pour « résider dans » (1160, Énéas). À l'époque classique, le verbe a signifié « se trouver » : « À l'endroit où gisait cette somme enterrée » (La Fontaine).

En ancien français encore, gesir de a signifié « accoucher » (1180), ce qui donne la gésine (1160) qui devait remonter à un latin populaire jacina, « couche », par le biais de l'ancien occitan jazina, « litière ». L'expression en gésine est désuète à l'époque classique. On la trouve néanmoins chez La Fontaine : « Où la laie était en gésine ».

Les dérivés de gésir sont plus nombreux qu'on pourrait le croire. Le gisant ou représentation sculptée et couchée du défunt est une forme évidente, mais le sens est en fait récent (1911) même si la forme est ancienne. Le gisant s'oppose en fait à l'orant ou statue montrant une personne en train de prier. Un autre participe présent est issu du latin de manière savante : jacent (1509). Il est formé sur jacens avec le sens d'être à l'abandon, sans propriétaire. Ce sens existait déjà en latin. Il s'emploie donc comme un concurrent de vacant.

Le participe passé gis est une réfection de geü sur les verbes du deuxième groupe, mais il a donné le gîte ou endroit pour se loger (1176), la gîte ou lieu dans lequel un bateau s'est enfoncé (1859), le gisement comme action de se coucher puis d'endroit où se trouvent des minéraux (1200). Le participe passé a donné par l'intermédiaire du gîte le verbe gîter (1210) pour fournir un gîte, puis pour se loger en parlant des bêtes. Plus spécialement encore, c'est le terrier du lapin ou du lièvre.

En savoir plus : site de Dominique Didier.

 

Je m’interroge sur les formes du verbe gésir. Que faudrait-il écrire si on voulait le conjuguer au subjonctif, par exemple dans Je ne pense pas qu’il (gésir) ici ? Et qu’en est-il des autres modes et des autres temps ?

L’Académie répond :

La première édition du Dictionnaire de l’Académie française, en 1694, signalait déjà que le verbe gésir était défectif. On y lisait : « Vieux mot qui n’est guere en usage qu’en quelques-uns de ses temps. Il gist, ils gisent. il gisoit. ils gisoient &c. » L’édition actuelle précise quels sont ces temps : « N’est usité qu’au présent de l’indicatif : je gis, il gît, nous gisons ; à l’imparfait : je gisais, nous gisions ; au participe présent : gisant. » Cela étant, dans son Thresor de la langue francoyse, tant ancienne que moderne, paru en 1606, Nicot donne encore une forme de participe passé et de passé simple : « Quand elle eut jeu un mois, elle releva. Elle jeut un mois, puis elle releva. » Quant aux formes de futur, elles semblent abandonnées, même si, dans son excellente Encyclopédie du bon français dans l’usage contemporain, Dupré indique que l’on trouve encore gîrai dans Tête d’Or, de Claudel : « Bientôt, tout de mon long, je gîrai par terre, les mains ouvertes », et gésirai dans Honorine, de Balzac : « Je gésirai la tête fracassée sur un pavé. »

Si ce verbe est aujourd’hui défectif, il n’en a pas toujours été ainsi ; en ancien français, on le trouvait à tous les temps et tous les modes. On avait un subjonctif présent : gise, gises, gise, gisiens, gisiez, gisent. Il existait aussi deux formes de passé simple : jui, geüs, jut, geümes, geüstes, jurent d’une part et, d’autre part, gis, gesis (ou geïs) gist, gesimes (ou geïmes), gesistes (ou gesistes), girent. De ces deux passés simples étaient tirées deux formes de subjonctif imparfait : geüsse, geüsses, geüst, geüssiens, geüssiez, geüssent et gesisse ou geïsse, etc.

On pourrait donc dire, et écrire : « Je ne pense pas qu’il gise ici », ou, avec des choix archaïsants assez prononcés : « Je ne pensais pas qu’il geüst, gessist ou geïst ici. »


Comment prononcer le groupe gn- ?

 En français le digramme (-)gn- note le plus souvent une consonne nasale vélaire, celle que l’on entend dans agneau ou vigne. Ce son et sa transcription sont un héritage du latin tardif, mais il existe cependant quelques termes où ces deux lettres, le plus souvent quand elles sont placées à l’initiale, sont articulées séparément. Dans leur grande majorité il s’agit de mots tirés d’une racine grecque et latine, gno-, indiquant la connaissance. Au nombre de ceux-ci on trouve, par exemple, gnose, gnomon et des mots de cette famille comme agnosie, agnostique, cognition, diagnostic, physiognomonie, etc. Il en va de même pour les mots tirés du grec gnathos, « mâchoire », agnathe et prognathe. À cette liste, il faut ajouter pignoratif, mais aussi agnat, pugnace, stagner et leurs dérivés. Théoriquement, et le plus souvent en pratique également, on prononce séparément les consonnes g et n dans igné et les mots de sa famille, mais, en raison de l’analogie avec des formes comme mignon, cogner, etc., ces consonnes sont parfois articulées comme dans lignite. Il arrive aussi que, par un phénomène d’assimilation régressive du g, l’on entende inifugé

 Académie française

Dire, ne pas dire, mars 2026

 L'Académie française nous propose de nouvelles études et réflexions sur la langue française : 

Les noms audace, bravoure, courage, hardiesse désignent l’attitude de qui se résout à affronter un danger, une menace, une situation pénible ou à prendre une initiative pouvant mettre sa vie en péril, mais il y a des uns aux autres de fortes nuances.

De gustibus et coloribus non disputandum (« Des goûts et des couleurs, on ne doit pas débattre »), dit le proverbe dans son infinie sagesse. Certes, mais il est possible de s’intéresser au sens de ce mot, goût, et de mettre en regard le nom saveur

Comment prononcer le groupe gn- ?

Les noms cuirassé et cuirassier sont des paronymes qui ont une étymologie commune, mais ils désignent des réalités bien différentes.

« On est plus que deux » ou « On n’est plus que deux » ?

National Record

Il est rare que l’on rapproche ces personnages, dont les occupations divergent : le cambrioleur visite subrepticement des appartements pour y faire main basse sur les objets de valeur ; le chambellan était un gentilhomme chargé de régler le service intérieur de la chambre d’un souverain, et le premier d’entre eux était appelé grand chambellan. Ce sont là deux occupations bien différentes, mais ces noms ont la même origine.

Le bouc, le boucan et le vieux marcheur

Et dans le courrier des internautes : 

  • Je m’interroge sur les formes du verbe gésir. Que faudrait-il écrire si on voulait le conjuguer au subjonctif, par exemple dans Je ne pense pas qu’il (gésir) ici ? Et qu’en est-il des autres modes et des autres temps ?
  • Il existe à Meudon une rue des Cotigniers. Pourriez-vous me dire ce que signifie ce nom ?


mercredi 4 mars 2026

Le suffixe -ure

 -ure, -ature : suffixe formateur de substantifs féminins à partir d'un adjectif, d'un substantif ou plus souvent d'un verbe.

-ure signifie le fait d'être, pour une personne ou une chose, ce que signifie l'adjectif de base.

  • courbé, une courbature.

-ure ou -ature a une valeur collective en rapport avec le substantif de base.

  • un cheveu, une chevelure.

  • un muscle, une musculature.

-ure signifie le fait d'avoir certaines des qualités du substantif de base :

  • un nerf, une nervure.

La base est un verbe : -ure ou -ature signifie l'accomplissement d'un procès ou la manière dont il s'accomplit, éventuellement, par métonymie, ce qui est ainsi accompli, le résultat de l'action.

  • baver, une bavure.

  • filer, une filature.

À un substantif en -age ou en -ment désignant une action, peut correspondre un dérivé en -ure désignant le résultat concret. Le suffixe -ment s'oppose souvent à -ure et à -age, plus voisins.

  • un balayage, une balayure.

  • un courbement, une courbure.

  • un égouttement, un égouttage, une égoutture.

  • un déferrage, un déferrement, une déferrure.

De nombreux mots en -(at)ure sont des emprunts au latin.

  • armature, clôture, manufacture, pâture, préfecture, quadrature, questure,...

-ure est un suffixe utilisé en chimie pour désigner un anion monoatomique qui, associé à un autre élément, forme un composé binaire en particulier, dans le nom des sels et des éthers-sels des acides suffixés en -hydrique.

  • Les mots construits sont des substantifs masculins : un amidure, un antimoniure, un borure,...

-ure est tiré du latin -urus (du grec « queue ») :

  • un animal dont la queue est caractérisée par le premier élément : un cœnure, un gymnure, un ménure, un oxyure, un pachyure.

  • une plante identifiée dans la taxinomie populaire par sa ressemblance avec la queue d'un animal : un léonure, un myosure.

-ure en chimie

Dans la Méthode de nomenclature chimique de 1787, Lavoisier et ses collègues écrivaient  : « Nous trouvons dans ces trois mots comparables, carbure, sulfure & phosphure […] un moyen de donner une idée exacte de combinaisons analogues, & de les distinguer d’avec tous les autres composés.  » Ce texte instaurait l’usage du suffixe -ure en chimie, adopté en particulier par GayLussac pour le cyanure en 1815. On voit que le suffixe s’ajoute au radical du mot latin de base, en l’occurrence ici : carbo, carbonis ; sulfur, sulfuris  ; phosphorus, phosphori  ; cyanus, cyani, alors que sont formés sur le génitif de ces mots les noms des acides carbonique, sulfurique, phosphorique et cyanique, dont le sel est un cyanate. Un cas particulier : on connaît l’acide hétérocyclique, l’acide cyanurique, où l’adjectif n’est pas formé sur cyanure, mais sur cyan- et -urique « relatif à l’urée », cet acide étant un dérivé de l’urée. En anglais, à la place de -ure, on emploie le suffixe -ide de oxide (d’ailleurs emprunté à la Nomenclature de 1787), d’où les formes distinctes de cyanide et cyanuric acid. Idem en allemand : Cyanid et Cyanursäure. En dehors de la chimie, le suffixe -ure est courant en français dans les mots abstraits (cf. nomenclature) et en zoologie, où l’élément ure signifie « queue » du grec oura, « queue ». Ainsi, le mot oxyure ne désigne pas un dérivé de l’oxygène, mais un vilain petit ver parasite dont la queue (ure) est en pointe (oxy) ! En savoir plus : À propos de cyanures, Pierre AVENAS, paru dans l'Actualité chimique n° 437.

lundi 2 mars 2026

Le suffixe -ium

1. -ium est un suffixe utilisé pour la construction de termes appartenant au vocabulaire de la chimie et de la physique.

Métalloïdes ou métaux rares :

  • (base française) béryllium, magnésium, zirconium.

  • (base latine ou grecque) actinium, cadmium, gallium, lutécium, osmium, rhodium, rubidium.

  • (mots empruntés à l'anglais) aluminium, palladium, plutonium, silicium, sodium, strontium

Pour des éléments rares ou qui n'existent pas dans la nature, la base est généralement un nom propre : curium (Curie), francium (France), Américium (America), Berkélium (Berkeley, université de Californie), Californium (California), Einsteinium (Einstein), Fermium (Fermi).

On peut enfin s’arrêter sur le y de baryum en français, certes inspiré du grec barus « pesant », mais qui ne va pas de soi. En effet, la forme barium, avec le suffixe -ium (neutre du suffixe latin -ius, qui traduit une dépendance) est logique pour une substance tirée d’un minerai, alors que la forme baryum, avec le suffixe -um, conviendrait pour un nom de matière première (comme en latin cuprum, « cuivre », lignum, « bois »…). D’ailleurs, sur 112 éléments (jusqu’au copernicium), on a en français 70 noms en -ium, et un seul en -um, le baryum. En outre, l’anglais a gardé tel quel barium proposé par Davy, avec un i, comme en allemand, Barium, et le comble est qu’en grec moderne, baryum se dit bario (avec un iota), alors que l’adjectif « pesant » se dit toujours barus, comme en grec ancien, avec un upsilon. Ce y de baryum résulte, si l’on ose dire, d’un excès de zèle étymologique propre au français... et au turc ?, puisqu’il écrit aussi baryum. Là, c’est autre chose car en turc le suffixe -ium s’écrit -yum, d’où aussi magnezyum, kalsiyum, stronsiyum, radyum et berilyum ! Rien n’est simple ! En savoir plus : À propos des alcalinoterreux, Pierre AVENAS, paru dans l'Actualité chimique n° 403.


2. -ium est une terminaison de mots latins : aquarium, actium, géranium, harmonium, latium, laurium, minium, opium, palladium, pallium, radium, sunium,...

Dans actium et latium, la lettre "t" se prononce [s].

dimanche 1 mars 2026

Charades

 

Mon premier est un métal doré.

Mon deuxième est dans tous les jours de la semaine.

Mon troisième transmet les messages au cerveau.

Mon tout est habituel.


Mon premier sert à éclairer.

Mon deuxième est un rongeur.

Mon troisième est la partie du crayon qui écrit.

Mon quatrième est cuisiné.

Mon tout est extraordinaire.


Mon premier dure 24 heures.

L'enfant capricieux dit mon deuxième.

Mon troisième est une série de mots.

Mon tout écrit des articles.


Mon premier est le plus fort.

Mon deuxième est le double de 50.

Un frère en a souvent.

On trouve mon tout dans beaucoup d'immeubles.


Mon premier circule dans le corps.

Mon deuxième est après "me".

Mon troisième permet de bouger les muscles.

Mon tout est une personne très âgée.


Mon premier est l'ensemble des journaux.

Mon deuxième est une syllabe dans tirer et petit.

Mon troisième est dans tous les jours de la semaine.

Mon quatrième est un abri pour le lièvre ou des personnes.

On fait mon cinquième en touchant avec les doigts.

Mon sixième dure 60 minutes.

Mon tout est un magicien.


Mon premier est une carte à jouer.

Mon deuxième attaque les bateaux.

Mon troisième se trouve avec une horloge.

Mon tout est un appareil ménager.


Un fruit est comestible quand il est mon premier.

Mon second est un cri de douleur.

Mon tout protège un château fort.


Mon premier est la dix-neuvième lettre de l'alphabet.

Mon deuxième empêche de rouler ou de bouger.

Mon troisième signifie attacher.

Mon tout permet de monter ou descendre.


Mon premier et mon troisième sont une année.

Il faut soigner quelqu'un qui fait mon deuxième.

Mon tout est un professeur.


Mon premier est la première lettre de l'alphabet.

La guêpe fait mon deuxième.

Mon troisième est une religion.

On lit mon quatrième sur une montre.

Mon tout élève des abeilles.



Jeu des définitions

Voici des mots à trouver dans le mégadictionnaire. Les réponses commencent par ab et sont dans l'ordre alphabétique.

Ce nom en trois lettres désigne une étoffe, un costume et un manteau.

Quelle était la tenue vestimentaire décrétée par Mobutu ?

Comment est nommé le sceptre que portait le grand maitre des templiers ?

Comment désigne-t-on une impossibilité de marcher sans trouble musculaire ?

Ce verbe synonyme de stupéfier est dérivé d'un verbe signifiant tuer.

Il vaut mieux les numéroter avant de se battre.

Ce nom a longtemps été en concurrence avec apostume et apostème.

Ce nom de religieux en Perse correspond à derviche chez les Turcs, et à moine chez les chrétiens.

C'est une ponction de l'abdomen.

Quel est le contraire d'une adduction ?

Ça ne convient pas du tout.

Un adjectif signifiant "qui ressemble au sapin".

Ce qui est fait sous l'emprise de la colère.

C'est l'action de se laver.

Ce nom désigne la caillette, l'estomac glandulaire des ruminants.

Ce sont les habitants originaires du pays où ils vivent.

C'est un avortement.

Quel terme médical désigne des difficultés ou une impossibilité de l’exercice de la volonté ?

les tenants et les ...

Cette expression signifiait montrer un grand empressement, une grande hâte, un air affairé, un air empressé.

On portait comme amulette cette pierre taillée, souvent gravée de caractères magiques.

C'était un synonyme d'abréger.

Le nom de ce fruit vient du latin praecoquum « fruit précoce ».

C'est un taillis brouté par les bestiaux ou le gibier.

Cet adjectif qualifie une chevelure très longue.

Ce verbe difficile à trouver signifie cacher.

C'est celui qui efface une faute ou un délit.

Il est conseillé d'écrire ce participe passé avec un t final.

Ces produits ont été remplacés par les détergents.

C'est une analyse succincte d'un ouvrage.

C'est difficile à comprendre.

Ce nom désigne une formation d’éraflures à la surface d’objets en verre.

C'est le droit de vendre, de détruire le bien dont on est propriétaire.