mercredi 24 décembre 2025

Huile

 Un huilage est un graissage avec de l'huile, une imprégnation d'huile ; un trempage dans un bain d'huile.

Une huile est une substance grasse ; un mélange d'huile et de produits colorants, un tableau ainsi peint ; un liquide, odorant et volatil, extrait par distillation de certaines plantes aromatiques ou d'agrumes ; un personnage important, haut placé, influent. Ce nom vient du latin oleum « huile d'olive, huile (en général) », de olea « olivier ; olive » (en grec ε ̓ λ α ι ́ α « olive », ε ́ λ α ι ο ν « olivier »).

Une huile à broche est une huile de base fluide, utilisée pour lubrifier certains mécanismes de précision. En anglais : spindle oil. JORF du 12/01/1999.

Le Dictionnaire des régionalismes de France indique qu'une huile d’enfer, une huile de l’enfer, une huile des enfers sont une huile d’olive de la plus basse qualité.

 Pour dire que l’on regrette la peine que l’on s’est donnée, le français dispose de diverses expressions comme regretter ses pas ou plaindre ses pas. L’Antiquité ne manquait pas non plus d’expressions similaires. La plus en usage était sans doute oleum et operam perdere, « perdre son huile et sa peine ». Si cette expression se rencontrait si souvent, c’est parce que l’huile était un produit de grande valeur dans l’Antiquité et qu’on en faisait de nombreux usages.

 Elle servait tout d’abord à oindre lutteurs et gladiateurs. Dans une de ses lettres, Cicéron écrit que Pompée avait perdu oleum et operam à organiser des combats de gladiateurs. Cette expression entre dans un proverbe cité par saint Jérôme : oleum perdit et impensas qui bovem mittit ad ceroma, « il perd son huile et son argent celui qui envoie un bœuf au gymnase où s’oignent les lutteurs », car bien évidemment les bœufs ne combattaient pas dans l’arène. On userait peut-être aujourd’hui de l’expression familière peigner la girafe…

 Mais l’huile permettait également aux intellectuels de s’éclairer pour lire et écrire la nuit. Pour eux, perdre son huile c’était produire un ouvrage de peu d’intérêt. On disait aussi qu’un écrit sentait l’huile de lampe si on y percevait trop les efforts laborieux de l’auteur.

 L’huile était enfin utilisée comme produit de beauté ; si, après s’être enduites d’huile parfumée, les prostituées ne parvenaient pas à séduire, elles aussi se lamentaient en disant qu’elles avaient perdu leur huile ; elles devaient aussi regretter leurs pas, même si dans l’Antiquité, le nom péripatéticien désignait essentiellement Aristote et ses disciples qui avaient l’habitude de philosopher en marchant.

 Académie française.


Le verbe huiler signifie enduire, frotter, imprégner d'huile ; assaisonner avec de l'huile ; pour une plante, suinter en laissant s'écouler un liquide gras sous l'effet d'une maladie.

je huile, tu huiles, il huile, nous huilons, vous huilez, ils huilent ;
je huilais, vous huiliez ; je huilai ; je huilerai ; je huilerais ;
j'ai huilé ; j'avais huilé ; j'eus huilé ; j'aurai huilé ; j'aurais huilé ;
que je huile, que tu huiles, qu'il huile, que nous huilions, que vous huiliez, qu'ils huilent ;
que je huilasse, qu'il huilât ; que j'aie huilé ; que j'eusse huilé ;
huile, huilons, huilez ; aie huilé, ayons huilé, ayez huilé ;
(en) huilant.

Une huilerie est une usine où l'on fabrique des huiles végétales. L'huilerie est cette industrie.

Une huilière, un huilier sont des fabricants, des marchands d'huile. Un huilier est un accessoire de table. L'adjectif huilier, huilière, est relatif à la fabrication des huiles.

L'adjectif huileux, huileuse, qualifie ce qui est de la nature de l'huile ; ce qui en contient ; ce qui a cet aspect ou cette consistance.

L'adverbe huileusement signifie d'une manière huileuse.

Un déshuilage est l'opération qui a pour but de séparer les huiles et les graisses des eaux de surface et des eaux résiduaires avant leur traitement ou le rejet à l'égout ; l'élimination des hydrocarbures ou des huiles d'un milieu donné ; l'opération qui consiste à éliminer par foulage l'huile qui imprègne une peau ; l'action de retirer des pâtes à peindre, généralement à la sortie du tube, l'huile en excès. Le verbe déshuiler signifie débarrasser une matière de l'huile qui l'imprègne ; éliminer les huiles ou les hydrocarbures d'un milieu donné, notamment des eaux, par des procédés physiques ou physicochimiques. Ce verbe est dérivé de huiler, avec le préfixe dés- (dé-). Un déshuileur est un appareil servant, dans une machine à vapeur, à séparer les particules d'huile d'avec la vapeur entraînée par l'air, et qui est indispensable notamment sur les compresseurs utilisés pour la réalimentation en air des réservoirs à pression.

Huile est écrit en 1250 uile, en 1120 oile, on trouve aussi la variante olie. Le mot donne l'anglais oil qui revient dans gazoil ou gazole. Il vient du latin oleum (oléagineux, pétrole, oléoduc). Le h évite la lecture vil, vile, ville (écrit vile en ancien français). Le terme est féminin par suite d'une modification de oleum en olea. En savoir plus : site de Dominique Didier.

olé(o)- et oléi- tirés du latin olea « olivier, olive », introduisent une relation avec l'huile ou, plus généralement, avec un corps gras quelconque.

  • Une oléacée est un arbre ou arbuste tel que l'olivier. Les oléacées sont une famille de plantes. Ce nom est formé de ole(i)-, du latin olea « olivier, olive », avec le suffixe -acé.

  • L'adjectif oléagineux qualifie ce qui contient de l'huile ; ce dont on peut tirer de l'huile ; ce qui est de la nature de l'huile ; ce qui en a la consistance ou y ressemble. Un oléagineux est une substance qui contient de l'huile ; une substance dont on tire des matières grasses alimentaires ou industrielles. Ce mot est un dérivé savant de l'adjectif oleagineus, oleaginus « d'olivier », avec le suffixe -eux, pour servir d'adjectif à huile.

  • un oléate : un sel ou un ester de l'acide oléique. Ce nom est formé de olé- (qui représente acide oléique), avec le suffixe -ate.

  • oléfiant : qui produit de l'huile. Ce mot est formé de ole(i)- du latin oleum « huile », et de -fiant, (-ifier).

  • une oléfine : chacun des hydrocarbures non saturés de la série éthylénique. Ce nom est emprunté à l'anglais olefine, attesté depuis 1860 et formé sur olefiant (lui-même emprunté au français oléfiant) par substitution de -ine à -iant.

  • L'adjectif oléicole est relatif à l'oléiculture. Une oléicultrice, un oléiculteur s'occupent d'oléiculture qui est la culture de l'olivier et l'industrie de l'extraction de l'huile d'olive.

  • oléifère : dont on extrait de l'huile.

  • oléiforme : qui a la consistance de l'huile.

  • une oléine : un ester de l'acide oléique.

  • une céroléine : un des esters constituant la cire d'abeille.

  • Le mot (un acide) oléique est formé de olé(i)-, du latin oleum « huile », et du suffixe -ique.

  • un oléate : un sel ou un ester de l'acide oléique.

  • un liniment oléocalcaire : un mélange à parties égales, d'huile d'olive et d'eau de chaux.

  • un oléoduc : un pipeline servant au transport du pétrole brut. Ce nom est formé de oléo-, d'après le formant -ole de pétrole (sous l'influence de l'anglais oil « pétrole ») et de la finale -duc sur le modèle d'aqueduc. L'emploi de ce mot a été recommandé pour remplacer l'anglicisme pipe-line.

  • Une, un oléographe s'occupent d'oléographie, un procédé d'impression sur papier de toile, imitant la peinture à l'huile. L'adjectif oléographique est relatif à l'oléographie.

  • un oléomètre ou éléomètre, élaimètre : un aréomètre servant à mesurer la densité des huiles ; un compteur indiquant la pression de l'huile dans un moteur.

  • un oléoplaste : un plaste élaborateur de gouttelettes de lipides.

  • une suspension oléopneumatique (pour certains véhicules automobiles).

  • un oléoprotéagineux : une plante cultivée pour ses graines riches en protides et en lipides, une plante oléoprotéagineuse.

  • une oléorésine : un produit naturel constitué par une résine dissoute dans une huile volatile.

  • oléorésineux : qui contient de l'huile et de la résine.

  • un oléoserveur : un avitailleur reliant l'oléoprise à l'avion.

  • un oléostéarate : un composé résultant d'un mélange d'acide oléique et d'acide stéarique.

  • un oléothorax : une injection d'huile goménolée ou de paraffine liquide effectuée progressivement lors du pneumothorax thérapeutique.

  • une oléotypie : un procédé d'impression.

  • un oléum : un liquide huileux, un acide sulfurique contenant un taux élevé d'anhydride. Ce nom vient du mot latin oleum « huile d'olive, huile en général ».

Un céréléon est un mélange de cire et d'huile qui diffère peu du cérat. Un oxéléon est un médicament fait d'huile et de vinaigre.

Du grec ε λ α ι η ε ι ς « huileux, plein d'huile » :

  • Une éléidine est une substance protéique, présente dans l'épiderme sous forme de plaques irrégulières et réfringentes, qui serait le précurseur de la kératine. Ce nom est formé sur le grec « huileux », dérivé de « olivier », avec le suffixe -ine (-in).

  • Un élæis ou éleis est un palmier. Le latin scientifique elaies, elœis, nom de cet arbre, a été tiré du grec ε λ α ι η ε ι ς « huileux, plein d'huile »

  • Un élaiosome ou éléosome est une excroissance de certaines graines, riche en lipide et en protéine qui attire les fourmis. Une fois l'élaiosome consommé par les larves, les fourmis se débarrassent de la graine permettant sa germination et assurant ainsi sa dispersion dans la nature (myrmécochorie)

Le nom (un) pétrole est emprunté au latin médiéval petroleum (aussi petroleum oleum) « huile minérale », proprement « huile de pierre » (du latin classique petra, voir : pierre, et oleum, voir : huile). Voir l'anglais oil.

Le suffixe -ol a été tiré de la finale de alcool et de celle de pétrole (oleum), pour former des mots désignant des alcools proprement dits ou des mots désignant des corps semblables aux alcools, des produits de distillation, la différence entre les deux n'ayant pas toujours été nette. En 1853 et 1854, dans une série de Mémoires sur la glycérine, sur les éthers, etc., Berthelot établit la théorie générale, en distinguant les alcools monoatomiques (alcools proprement dits) et les alcools polyatomiques (comme la glycérine). Ainsi, ce qui était «huile» entrant désormais dans la série «alcool», le suffixe -ol va se référer expressément à la terminaison et au signifié de alcool, comme l'atteste la création de glycol. CNRTL.

  • Un ichtyol est une huile obtenue par distillation de schistes bitumeux.

  • Un indole ou indol est un corps composé, obtenu par distillation d'indigo blanc sur de la poudre de zinc, que l'on rencontre aussi à l'état naturel. On lit un acide indole-acétique.

  • Une lanoline ou lanoléine sont une matière grasse composée d'un mélange d'acides gras estérifiés et d'alcools libres, obtenue à partir du suint de mouton et utilisée en pharmacie, en cosmétologie et dans l'industrie des cuirs. Le nom (une) lanoline est composé du latin lana (laine) et des suffixes -ol et -ine.

  • Un lino ou linoléum sont un revêtement de sol, une toile de jute enduite d'huile de lin et de poudre de liège, imperméable ; cette toile utilisée comme support de gravure. Ce nom est emprunté à l'anglais linoleum de même sens, mot forgé à partir du latin linum « lin » et oleum « huile », ce tissu inventé par l'Anglais Walton et breveté le 25 avril 1863, étant composé d'un mélange d'huile et de lin. La forme abrégée lino est déjà attestée en 1907 en anglais. Voir aussi : linographie, linogravé, linograveur, linogravure.

  • Une linoléine est un glycéride de l'acide linoléique. Ce nom est emprunté à l'anglais linolein de même sens, composé de lin- (du latin linum « lin ») et de olein (du latin oleum « huile » + -in, suffixe indiquant la nature d'un produit). Le mot (un acide) linoléique est emprunté à l'anglais [acid] linoleic, lui-même composé de lin-, de ole- et de -ic (en français -ique). Un linoléate est un sel ou ester de l'acide linoléique.

  • Un acide linolénique est un acide éthylénique possédant trois doubles liaisons, présent sous forme de glycéride dans les huiles siccatives. Ce terme a été formé d'après l'allemand Linolensäure créé par K. Hazura en 1887 (d'après Linolsäure « acide linoléique », avec l'insertion de l'élément de chimie -en- correspondant à -ène) et composé de lin(um) « lin », de ol(eum) « huile » et des éléments suffixaux -ène et -ique.

  • Un lysol est un mélange employé comme désinfectant. Ce nom est composé de lys(o)- tiré du grec λ υ σ ι ς « action de délier, dissolution, fin », et de -ol, du latin oleum « huile ».

Un fioul est un distillat lourd, résidu ou mélange utilisé comme combustible pour la production de chaleur. On trouve aussi, dans certains cas, la forme « fuel ». En anglais : fuel oil. JORF du 22/09/2000. Un mazout [en anglais : fuel oil] est un combustible liquide et visqueux provenant de la distillation du pétrole brut, utilisé pour la production de chaleur ou d'énergie. On lit un mazout domestique (heating oil), un mazout léger (light fuel oil), un mazout lourd (heavy fuel oil). Le terme anglais fuel-oil est composé de fuel « combustible » et de oil « huile ».

Un gazole [en anglais : gas oil] est un carburant pour moteur diesel. C'est le distillat du pétrole obtenu après le kérosène, utilisé pour la carburation du gaz à l'eau et pour l'alimentation des moteurs Diesel. Le mot angloaméricain gas-oil est composé de gas « gaz » et oil « huile » (désignant notamment le pétrole), cet hydrocarbure étant connu comme matière première dans la fabrication du gaz avant d'être plus généralement utilisé comme carburant de certains types de moteurs.

Une millerole ou millerolle était une unité de capacité utilisée pour le commerce de l'huile et du vin. Ce terme est emprunté au provençal ; l'ancien provençal milherola, attesté depuis 1325, est d'origine obscure.

Une œillette est une variété de pavot. Ce nom est dérivé de l'ancien français olie, voir : huile, avec le suffixe -ette, devenu œillette sous l'influence d'œil et d'œillet.




lundi 22 décembre 2025

Ces mots français venus du Moyen-Orient et de Méditerranée

Des milliers de mots de la langue française proviennent de contrées lointaines de l’Hexagone. Parmi eux, des centaines ayant des liens directs ou indirects avec l’arabe mais également, à une moindre échelle, le persan. 

 https://www.rfi.fr/fr/

jeudi 18 décembre 2025

Heur et heure

 

heur

Un heur était un destin favorable, une bonne chance, ce qui arrive d'heureux. Avoir l'heur de ... signifie avoir la chance, le plaisir de ... Ce nom vient du latin augurium « augure, interprétation des présages, présage (dans la religion romaine) » par l'intermédiaire de la forme agurium du bas latin et glissement au sens de « sort, condition, destinée » ; la collision homonymique avec heure, notamment dans des expressions avec bon eur ou mal eur, est à l'origine de l'ajout de l'initiale h au Moyen Âge.

Les noms bonheur et malheur sont composés à l’aide d’heur, lui-même issu du latin augurium, « présage favorable ». À l’origine, et conformément à l’étymologie, heur s’écrivait sans h et se rencontrait sous les formes öur, eür ou eur. Ce nom signifiait « sort, fatalité, destin ». À partir du 14ème siècle, la graphie heur est apparue, sans doute par analogie avec le mot heure. Cette dernière forme est le fruit d’une réfection savante : le latin hora a en effet évolué en or(e), forme que l’on retrouve dans les adverbes encore et lors et la conjonction de coordination or. Cette modification graphique était liée à l’homonymie des deux termes, mais aussi au fait que l’on voyait de l’un à l’autre un rapport de cause à effet, l’heure de naissance étant censée influer sur la destinée et donc sur le bonheur ou le malheur des individus. Cette croyance, ajoutée au fait qu’au Moyen Âge l’orthographe était mal fixée, explique que l’on trouve, surtout dans les composés, une grande variété de formes avec ou sans h.

En effet si on peut lire dans un sermon de saint Bernard « Bienaureiz sera cil ki demorrat en sapience » (« Bienheureux sera celui qui restera dans la sagesse »), Pierre de Larivey écrit, quant à lui, dans Les Esprits, une pièce dont s’inspirera Molière pour son Avare, « Les pauvres femmes sont cause de tous maux et ne bienheurent jamais une maison que par leur mort ». De même, Guernes de Pont-Sainte-Maxence, auteur plus connu sous le nom de Garnier, écrit au 12ème siècle, dans sa Vie de saint Thomas Becket, « De tuz les cheitis, sui li plus malourez » (« De tous les infortunés, je suis le plus malheureux »), alors que son homonyme, Robert Garnier, écrira, quatre siècles plus tard, dans Antigone ou la Piété, « Et ne va malheurer de mon malheur ta vie ».

Ce rapprochement entre la bonne ou la mauvaise fortune et le moment de la naissance va être souligné par des formes comme malheure, contraction de male heure, que rien ne distingue phonétiquement de malheur, et que l’on rencontre dans des expressions comme De malheure suis né.

Mais c’est par la croyance aux horoscopes, nom qui est emprunté, par l’intermédiaire du latin horoscopus, « constellation sous laquelle on est né », du grec hôroskopos, « qui examine l’heure de naissance », que l’on va lier par des rapports de dépendance l’heur, les heures et les astres. Ces rapports de dépendance, notre langue les dit encore avec des expressions comme être né sous une bonne étoile et être né sous une mauvaise étoile. Mais bien vite, on va passer de la chance ou de la malchance qu’ont eue tel ou tel en naissant à leur caractère, et l’on dira d’eux qu’ils sont bien lunés ou mal lunés. Enfin, ceux qui sont nés sous une mauvaise étoile vont être peu à peu perçus comme responsables de ce qui leur arrive et l’on confondra assez vite l’infortuné et le méchant (on constate le même glissement de sens avec la forme misérable). Ainsi le terme malotru, dans lequel on reconnaît le radical astre, a d’abord désigné une personne née sous une mauvaise étoile, sens aujourd’hui disparu, avant de désigner quelqu’un de mal élevé et de grossier. Son antonyme benastru, qui désignait, dans la langue du Moyen Âge, une personne née sous une bonne étoile, a disparu du français courant. Il ne se conserve plus guère aujourd’hui que dans certains parlers régionaux de l’Ouest de la France, et en particulier en Mayenne.

Académie française.



Le français a exprimé la notion de bonheur par un nom venant, par une évolution populaire, de augurium. Ce mot désignait, dans la langue religieuse des Romains, le présage tiré du vol des oiseaux. Augurium a donné l’ancien français eür, dissyllabique. En évoluant en français eür a subi deux modifications, l’une purement orthographique : l’h initial dont il a été doté, d’après le mot heure (du latin hora) – l’autre, phonétique, qui a consisté d’abord dans la réduction de e-ü dissyllabique à u, fait général que nous retrouvons dans sûr, issu de seür, dans armure, issu de armeüre –, ensuite dans le passage de u à eu. Ce passage résulte de l’hésitation qui a existé jusqu’à la fin du 16ème siècle entre u et eu, surtout devant r. C’est ainsi que burre est devenu beurre, tandis qu’inversement meure est devenu mûre. On aboutit ainsi à un mot heur.

Par son origine le sens d’heur n’était ni favorable ni défavorable. On pouvait l’orienter à l’aide d’un adjectif en disant bonheur ou malheur. Mais, comme d’autres mots relatifs à l’issue d’un événement (fortune, succès, chance), il a pris un sens favorable et heur s’est trouvé synonyme de bonheur. Heur est encore très vivant dans la première moitié du 17ème siècle. Corneille l’emploie couramment : T’en souviens-tu, Cinna ? Tant d’heur et tant de gloire Ne peuvent pas sitôt sortir de ta mémoire. (Cinna, V, 1.) On le trouve aussi chez Molière. Dans L’École des femmes Arnolphe invite Agnès, qu’il va épouser, à bénir toute la journée l’heur de sa destinée (III, 2 ; v. 680). Mais on le chercherait vainement dans l’œuvre de Racine. Dans un passage du chapitre « De quelques usages » où il traite des mots vieillis ou disparus, La Bruyère constate avec regret, semble-t-il, que le mot n’est plus en usage : « Heur se plaçait où bonheur ne saurait entrer ; il a fait heureux qui est français et il a cessé de l’être. » Heur ne subsiste plus que dans un très petit nombre de locutions. Ainsi l’on peut dire par ironie : « Il n’a pas l’heur de vous plaire. » Littré enregistre encore le dicton : « Il n’y a qu’heur et malheur en ce monde » (c’est-à-dire : tout est incertain dans les destinées humaines). Nous ne croyons pas qu’il soit très usité. Il est légitime de se demander pourquoi heur a disparu. On peut penser à des homonymies fâcheuses avec heure : quelle heure avez-vous ? pouvait, à l’audition, se comprendre de deux façons. En savoir plus : Georges Gougenheim.

Le nom (un) bonheur est composé de bon et heur du latin augurium « augure, interprétation des présages, présage (dans la religion romaine) ».

Le nom (un) malheur est composé de mal et heur.

Le nom (une) félicité est emprunté au latin classique felicitas « bonheur, chance ».

Voir aussi : un ou une happy end (un dénouement heureux), des happy few (un ensemble restreint de privilégiés).

Heur s'est d'abord écrit eür, aür (1160). Le mot vient du latin impérial agurium, en latin classique augurium « présage » qui subit une syncope à la post-tonique. Il a été confondu avec heure venu de hora. Les composés bonheur et malheur subissent la même erreur. Le mot est en provençal auguri, augur, agur, en espagnol aguero, en portugais agouro, en italien augurio. Le terme a été disyllabique jusqu'au 16ème siècle. En savoir plus : site de Dominique Didier.

heure, heure-machine

Une heure est l'espace de temps égal à la vingt-quatrième partie du jour, d'une durée de 60 minutes ; un moment convenu, prévu, fixé ; un moment du jour plus ou moins long ; un moment de la vie d'un individu, d'une société. Ce nom vient du latin hora, unité de mesure du temps désignant un point aussi bien dans le temps en général que dans la journée d'après le système de division du temps, ou une durée.

La tournure « c’est quelle heure ? » fait l’objet d’une certaine stigmatisation par les locuteurs du français qui ne disposent pas de ce tour dans leur usage (si vous ne nous croyez pas, lisez voir les commentaires sous ce post Facebook). D’aucuns diront qu’il est plus correct de dire: « quelle heure est-il ? », ou simplement « il est quelle heure ? ». Peu de gens savent que cette tournure est régionale, et on ne la trouve d’ailleurs dans aucun dictionnaire spécialisé. En savoir plus : Français de nos régions.

Le Dictionnaire des régionalismes de France indique : à bonne heure (de bonne heure, tôt ; à cette heure) prononcé à c’t’heure (maintenant) ; à point d’heure (à une heure exagérément matinale ou tardive) ; à pas d’heure, à plus d’heure (trop tard) ; jusqu’à pas d'heure, jusqu'à plus d’heure (jusqu’à une heure exagérément tardive) ; entre l’heure (entre la fin de la matinée et le début de l’après-midi) ; tout à l’heure (de nos jours, actuellement) ; j’ai vu l’heure que ... (il s’en est fallu de peu que ...) ; une heure de temps : (durant une heure).

Une heure de grande écoute est une tranche horaire où l'audience est la plus forte. En anglais : prime time. Voir aussi : avant-soirée, créneau de jour. JORF du 18/01/2005.

Une heure-machine est une unité de temps de travail correspondant au travail d'une machine pendant une heure.

On lit une demi-heure, six heures et demie, un quart d'heure, six heures et quart, six heures moins le quart, un kilomètre-heure ou km/h.

Voir aussi : horaire, horloge, horodaté, horodateur, horodictique, horokilométrique, horométrie, horoscope, généthliaque.

Concluons en rappelant que si heure vient du grec hôra et heur du latin augurium, ces deux termes ont été souvent confondus tant était forte la croyance que le bonheur d’une vie dépendait de l’heure de la naissance et que donc naître à la bonne heure était une promesse de nombreuses bonnes années. En savoir plus : Académie française.

De leur côté, l’anglais year et l’allemand Jahr tirent leur nom d’une racine indo-européenne, jor-, qui pouvait désigner les années, mais aussi et surtout les saisons, appréhendées essentiellement par leur caractère cyclique. Cette racine est à l’origine du grec hôra, auquel nous devons, par l’intermédiaire du latin hora, le nom « heure ». Mais ce mot a d’abord désigné toute période de temps revenant régulièrement, les années, certes, mais aussi les saisons, les mois, les jours et les heures. Ce furent surtout les saisons qui intéressèrent les peuples de l’Antiquité, peuples essentiellement de cultivateurs et d’éleveurs. Dans la mythologie grecque, les Hôrai, que nous appelons improprement « les Heures », sont les filles de Zeus et de Thémis qui accompagnent les dieux et sont au nombre de trois puisque, aux temps archaïques, les Grecs ne comptaient que trois saisons, printemps, été et hiver. On invoquait surtout les deux premières, considérées comme les déesses de la vie et de la croissance. À ces sens s’ajoutait celui de « moment favorable, propice » et, le cours de la vie des êtres humains étant traditionnellement comparé au déroulement d’une année, ce même nom désignait aussi la jeunesse, puisqu’elle est considérée comme le plus bel âge, celui qui est gros de toutes les promesses de récoltes à venir. En savoir plus : Académie française.

La division en heures (du latin hora) était fondée chez les Romains sur le jour considéré comme temps de clarté. La durée qui s’étend du lever au coucher du soleil était divisée en douze heures. La sixième heure coïncidait avec le milieu du jour ainsi conçu, elle était toujours à midi. Mais les heures étaient variables selon les saisons : plus longues en été où il fait clair plus longtemps, et plus brèves en hiver. Cette division est restée dans l’usage ecclésiastique, avec les mots prime (première heure du jour), tierce (troisième heure), none (neuvième heure). Le mot sieste en porte aussi témoignage : il est emprunté de l’espagnol siesta (sixième heure). La sieste est donc le repos du milieu du jour. La division du jour (de minuit à minuit) en vingt-quatre heures égales date du Moyen Âge. Mais elle ne s’est généralisée qu’à la Renaissance, avec le perfectionnement des horloges et des montres, qui exigeaient des mesures constantes et indépendantes des saisons. Au contraire, l’ancienne division était appropriée aux cadrans solaires. En savoir plus : Georges Gougenheim.

La pensée de Pierre de Jade : J'arrive toujours à l'heure mais c'est rarement la bonne.



heurette

Au Moyen Âge, les formes heurete, horette, horeite, hurete ou encore urette ne supposaient pas un temps long : elles étaient couramment employées sans qu’il soit toujours facile de déterminer l’étendue temporelle qu’elles représentaient. Ainsi, dans son Comput (un ouvrage sur le calcul des calendriers), Philippe de Thaon en fait de minuscules laps de temps. Il écrit en effet : De momenz, d’atometes / Que apelum huretes, « De moments, d’atomettes, que nous appelons des heurettes ».

On notera avec intérêt que, deux siècles avant que ne soit attesté le nom atome, on rencontre cette forme atomete, utilisée pour désigner la plus petite division du temps, et présentée comme un synonyme d’heurette.

Un instant très bref, c’est encore le sens que Guyart des Moulins donne à heurette dans la première version française en prose de la Bible, où il écrit : Tant de richeces sont destruictes « en une heurete », pour traduire le latin una hora, un passage que la plupart des traducteurs modernes rendent par « en un moment » (Apocalypse, 18, 17).

Mais il arrive aussi qu’horette corresponde à peu près à notre heure. On lit ainsi dans le Dit du Besant de Dieu, de Guillaume le Clerc de Normandie : E une horette el cham labore (et il travaille une petite heure au champ). C’est ensuite par antiphrase et de manière plaisante que cette « petite heure » va désigner une durée longue et indéterminée.

En savoir plus : Académie française.



heureusement, heureux

L'adjectif heureux, heureuse, qualifie ce qui est favorisé par le hasard, le destin ou la nature ; ce qui apporte ou annonce quelque chose de favorable, de positif, un avantage quelconque ; ce qui a une conclusion satisfaisante, des conséquences positives ; ce qui présente un caractère harmonieux, un ensemble de qualités correspondant à certains critères d'appréciation ; ce qui a un rôle bénéfique, suscite un jugement favorable ; quelqu'un qui se trouve dans un état de bonheur, de satisfaction, d'épanouissement ; ce qui exprime, donne ou favorise le bonheur ; quelqu'un qui semble éprouver, manifester du bonheur. Ce mot est dérivé d'heur.

L'adverbe heureusement signifie d'une manière opportune ; d'une manière naturellement avantageuse, favorisée par la chance ; de façon à produire des effets positifs, avec succès ; d'une manière ingénieuse, harmonieuse (par hasard ou comme par l'effet du hasard) ; de manière bénéfique, propre à susciter un jugement favorable ; de façon propice ; dans un état de bonheur, d'une manière pleinement satisfaisante

L'adjectif bienheureux, bienheureuse, signifie qui représente une chance très favorable ; qui est signe ou promesse de bonheur. L'adverbe bienheureusement signifie de façon bienheureuse ; pour son bonheur ; dans un état de grande satisfaction. Une bienheureuse, un bienheureux sont des termes religieux désignant ceux qui ont été élus, qui jouissent de la béatitude éternelle ou ceux qui ont été béatifiés par l'Église, mais non encore canonisés.

L'adjectif malheureux, malheureuse, qualifie quelqu'un qui n'est pas heureux ; ce qui n'est pas favorisé par la nature, les circonstances ou le destin ; ce qui est sans importance, mérite peu d'attention ; ce qui n'est d'aucune efficacité ;quelqu'un qui se trouve dans un état de malheur, de peine, d'affliction. L'adverbe malheureusement signifie d'une manière malheureuse ; d'une manière misérable, affligeante, digne de pitié ; d'une manière malencontreuse, fâcheuse ; d'une manière qui donne de la peine, du tourment, du malheur ; (en début de phrase) par malheur , hélas. Une malheureuse, un malheureux sont ceux qui sont dans une situation pénible, douloureuse ; ceux qui inspirent la pitié.

Le verbe féliciter est emprunté au bas latin felicitare « rendre heureux ».



vendredi 12 décembre 2025

Dire, ne pas dire (décembre 2025)

 L'Académie française commence par l'étude de l'usage d'une paire et une couple, un couple ainsi que de leurs dérivés. Cette analyse approfondie met aussi en évidence l'évolution des sens avec des exemples.

  Le pléonasme "prévenir à l'avance" est déconseillé en se basant sur l'étymologie de ce verbe et le rappel de ses significations. Il convient cependant de tenir compte de l'utilité de ces tournures à l'oral. "Je te préviens" est plus péremptoire que "Je te préviens à l'avance". "Je descends en bas" est mieux compris que "Je descends" qui fait attendre une précision (quoi). 

"Elle s'est mise en tête" ou "elle s'est mis en tête" ? La distinction est mieux comprise avec les exemples que par l'analyse de la fonction de s'.

 Littré écrivait de ne pas confondre "à revoir" et "au revoir". L'Académie s'étonne d'entendre "en revoir"...

 Découverte d'anglicismes : "comfort food" qui donne  l'occasion de rappeler que confortable en est un, et "keep in touch" que je connais pas davantage.

 Une très intéressante étude de noms et qualificatifs d'insectes rappelle que les apparences sont souvent trompeuses. 

 La qualité du champ lexical du nombre neuf est aussi un réel plaisir. 

 En réponse au courrier des internautes, des précisions sont apportées au sujet de termes féodaux. On découvre ensuite que le diner était un repas du matin et l'est parfois resté.

samedi 6 décembre 2025

Origine et évolution du mégadictionnaire

 Même la liberté de s'exprimer s'amenuise de jour en jour. Pour que la langue française conserve sa vitalité en s'affranchissant des impératifs commerciaux, le mégadictionnaire, gratuit et sans inscription, aide à trouver les mots, sans les censurer ni les bannir, tout en proposant des approfondissements avec des sites de qualité.


"C'est même pas français, c'est pas dans le dictionnaire !"

Beaucoup d'enfants sont restés perplexes en entendant cela. Peu ont pris le temps de vérifier d'autant que cet ouvrage est rare dans les familles tant qu'il n'y a pas une obligation d'achat d'un dictionnaire adapté à l'âge, donc inutile car l'élève y trouve rarement ce dont il a besoin, ou la fameuse distribution de cet ouvrage par le maire aux élèves entrant en sixième.

Se rendant compte du peu d'intérêt de cette "récompense", certaines municipalités distribuent maintenant des tablettes.

Mais il n'y a pas que les enfants... Un secrétaire de mairie me disait fièrement avoir conseillé au maire de répondre au député qui refusait un financement que le mot "infaisable" n'était pas dans le dictionnaire. Il n'apprécia pas qu'à mon avis, cela dépendait des dictionnaires...

Certains diront qu'on trouve tout sur internet. Oui si l'on connait le mot, si on sait l'écrire, si on évite les suggestions de recherche et les références commerciales. Et encore...

Au moins les dictionnaires "papier" permettaient d'explorer l'univers des mots, du moins le croyait-on. Nous avons tous été étonnés de ne pas y trouver un mot dérivé pourtant d'usage courant, de découvrir un mot commençant par eury- sans s'imaginer qu'il puisse y en avoir des dizaines, ou de ne pas comprendre les définitions.

C'est encore pire avec internet. Vous ne trouverez dans les dictionnaires que les mots que vous savez écrire donc que vous connaissez déjà. Il n'y a pas d'index, pas de champ sémantique. C'est comme si vous arriviez dans un immense centre commercial pour acheter un objet que vous ne savez pas nommer alors que tous les noms des rayons ont été enlevés.

Les dictionnaires indiquent généralement une graphie choisie en se basant sur "l'usage" mais bien souvent pour économiser de l'espace.

De nombreux mots disparaissent des dictionnaires ou n'y sont même pas admis. Chaque dictionnaire se base sur un corpus (certains auteurs et médias), sur les attentes présumées des acheteurs et sur le devoir impérieux de montrer le bon usage. Les fameuses nouveautés, argument commercial repris systématiquement par les médias, ont une durée d'utilisation généralement limitée. Certains chroniqueurs en ont fait leur terrain de prédilection pour traquer les manquements et fustiger ceux qui ne respectent pas les règles.

Ceux qui vivent de la langue française veillent à conserver la complexité de ces règles et même à l'amplifier afin de préserver l'élitisme, base de l'enseignement. Celles que j'ai décortiquées sont pourtant inutiles voire néfastes pour la compréhension du fonctionnement de notre langue.

Si vous entendez quelqu'un clamer dans un média complaisant qu'il est opposé à une réforme de l'orthographe, renseignez-vous. Il y a certainement intérêt pour en tirer profit. Notre langue évolue et c'est bien ainsi.

Cela se complique de plus en plus avec le politiquement correct. Il devient incongru d'utiliser certains mots. Il est impossible de citer d'excellents articles de linguistes car on y trouve un mot prohibé. "Quand on se repose sur l'intelligence artificielle, on ne peut pas attendre des résultats intelligents" écrit l'un de ceux dont les liens vers ses articles sur un réseau dit social sont systématiquement effacés.


Quelles ressources pour la langue française ?

La langue française, en France, est dominée par des entreprises commerciales qui font tout pour se prétendre indispensables. La tâche est ardue pour se libérer de leur carcan.

Les ouvrages anciens étant réédités avec un vocabulaire "contemporain", le dictionnaire Littré reste la base pour (re)découvrir les éditions originales (par exemple sur Gallica) mots du 19ème siècle maintenant honnis.

L'Académie française nous offre des rubriques souvent passionnantes, parfois pointillistes ou surannées. Je les indique généralement dans le mégadictionnaire en les modifiant en raison de la déplorable habitude d'utiliser comme titre la tournure "fautive".

L'Office québécois a édité de nombreuses rubriques sur l'usage des mots en particulier au Québec, elles-aussi référencées dans le mégadictionnaire. Le dictionnaire terminologique est d'un usage plus ardu à moins de rechercher des précisions sur un mot.

Il n'y a pas de coordination entre l'ajout de néologismes par l'Office québécois de la langue française et la Commission d'enrichissement de la langue française dont les décisions sont publiées au journal officiel de la République française.

Pour finir, il est impossible de compter sur l'apport des médias qui privilégient des tournures élitistes et les (faux) anglicismes.


Un dictionnaire qui aide à trouver les mots.

Les dictionnaires "papier" indiquent deux à trois fois moins de mots que le mégadictionnaire de la langue française. Ils n'ont pris en compte que progressivement les rectifications orthographiques de 1990. Les homonymes indiqués se limitent aux homophones ayant, selon ces ouvrages, la même prononciation.

Le Petit Larousse souffre du pointillisme de l'ordre alphabétique et de la séparation systématique entre noms propres et noms communs. Certains choix de mots et de graphies sont discutables, la prononciation est "normative". La typographie le rend très difficile à lire dès que la vue baisse.

Le Petit Robert a commencé de timides groupements (adjectif et adverbe). Il amorce des pistes étymologiques.

Les dictionnaires adaptés aux âges ne sont utiles que pour les apprenants (CP/CE1). Les autres suggèrent une langue française limitée et stéréotypée.

Le passage à internet n'a pas apporté de réelles améliorations. Les liens hypertextes s'ouvrent rarement dans la même fenêtre ce qui égare rapidement. Les commentaires et apports des internautes sont généralement refusés. Et surtout, il faut connaitre et savoir écrire le mot dont on a besoin...

Littré indique les mots précédents et suivants mais cela oblige à les chercher un à un.

Dans le mégadictionnaire, on peut facilement intégrer un maximum de mots pour aider à les trouver avec des définitions aussi concises que possible, des rapprochements par ressemblances et des regroupements par familles. Les contributions ne sont pas modifiées ou retirées sans l'accord de l'auteur.

Le mégadictionnaire est une porte d'entrée dans la langue française, généralement plus efficace que les portails.

Que va devenir le mégadictionnaire ?

L'histoire du dictionnaire international de la langue française est tumultueuse.

Une recherche de cohérence dans l'enseignement a conduit à établir des listes puis un dictionnaire des homophones d'abord publié dans des sites gratuits donc peu fiables ou rapidement envahis par la publicité.

Les fournisseurs d'accès à internet ayant proposé de créer des sites perso, cette solution a nécessité un investissement en temps de travail conséquent. Mais en 2014, Orange a interdit l'accès au site Gaétan Solo qui existait depuis dix ans puis a supprimé tout ce site, dont le dictionnaire des homophones, de son serveur. La raison n'en a pas été indiquée, était-ce parce que des liens pointaient vers des sites complémentaires ?

Heureusement, les fichiers étaient réalisés avec un logiciel gratuit et bien pratique (à condition de trouver un site de téléchargement sans entourloupe) : Nvu devenu Kompozer.

D'autre part, n'ayant que de très maigres connaissances en informatique, la mise en page devenue fastidieuse m'a orienté vers les sites Google qui n'imposent pas de publicités.

Le dictionnaire des homophones, devenu le Dicthographe (ou Dictho), occupait des milliers de pages sur une vingtaine de sites en 2020, date à laquelle Google a décidé de modifier l'apparence des sites. La nouvelle version ne convenant plus et le logiciel html ne pouvant plus supporter une telle densité, tout a été transféré sur Libre Office avec une parution en fichiers pdf. De nombreuses coquilles ont dû être corrigées.

Maintenant, les fichiers pdf étant eux-mêmes devenus difficiles à utiliser, peut-être du fait des logiciels experts ("l'intelligence artificielle"), j'ai supprimé les index que vous pouvez rétablir sous Libre Office. Cependant Chrome vient d'annoncer une amélioration pour la lecture des pdf.

L'internet était une évolution prometteuse. Collaborer, innover, conserver des documents en pouvant les enrichir, échanger, nous y avons cru. Beaucoup ont été découragés par des commentaires sur la qualité de l'orthographe et des photos, ou des remarques agressives. La création d'un site n'est plus encouragée.

Aujourd'hui, la seule collaboration suggérée est financière, l'innovation non commerciale a pratiquement disparu et tout est conçu pour créer une éphéméréité intrusive.

Pourtant certains sites perdurent contre vents et marées, ayant évité les écueils des innovations graphiques « indispensables » mais rapidement inadaptables aux nouveaux standards. Ils sont parfois victimes de leur gigantisme, ne pouvant pas mettre à jour leur contenu. Quelques forums sont lassants, permettant surtout à certains de montrer qu'ils sont capables de plastronner avec des informations décousues piochées ça et là.


Le dictionnaire international de la langue française

Le mégadictionnaire de la langue française, également nommé Dicthographe ou Dictho, permet de trouver un maximum de mots avec leurs variantes graphiques, par exemple en raison de l’évolution de l’orthographe, par ordre alphabétique, par famille ou par ressemblance.

Le mégadictionnaire simplifie la reconnaissance de la nature des mots : chaque nom est précédé d’un article, chaque adjectif est précédé par le verbe être ou un nom. Les noms propres y sont insérés, généralement s’il existe des noms dérivés.

Les mots sont groupés par famille étymologique, c’est-à-dire par référence à une origine commune.

Ce dictionnaire s’adresse aussi à ceux qui hésitent sur l’orthographe et donc bien souvent sur la prononciation en tenant compte des particularismes régionaux ou nationaux et de la tendance à ne plus opposer nettement des sons voisins (le â de gâteau et le a de bateau par exemple).

Dans le mégadictionnaire sont aussi prises en compte les formes verbales, sans négliger celles qui, pour certains, seraient actuellement moins prisées (imparfait du subjonctif par exemple).

Pour les mots techniques, un lien permet d’accéder au site adéquat. Les paronymes sont indiqués avec la mention : « Mots se ressemblant ». La francophonie y est particulièrement à l’honneur.

Trois couleurs sont utilisées : le bleu pour les mots moins utilisés (familiers, littéraires, régionaux, anciens), le rouge pour les mots scientifiques et techniques, et le noir.

Le mégadictionnaire, constamment complété et amélioré, est gratuit et ne vous impose pas de publicité. 

Pour en savoir plus sur l'évolution de ce dictionnaire : Pearltrees (sans inscription).

mardi 2 décembre 2025

La goule et la gueule

 1. Une goule est un vampire femelle qui, selon les superstitions orientales, dévore les cadavres dans les cimetières. Ce nom est emprunté à l'arabe ġūl, au pluriel ġīlān.


2. Familièrement, une goule est une bouche ; une gueule ; une ouverture plus ou moins arrondie. Venir, arriver la goule enfarinée signifient avec un visage faussement avenant. Se casser la goule signifie chuter. Fermer sa goule ou sa gueule signifient se taire. Faire la goule, faire la gueule signifient bouder. Voir le Dictionnaire des régionalismes de France. Cette forme du nom (une) gueule, attestée en ancien et moyen français a été reprise en français populaire et s'est maintenue dans certains parlers régionaux.

Familièrement, une goulée est une bouchée ou une gorgée avalées avec avidité. Prendre une goulée d'air signifie respirer profondément. Ce nom est dérivé de gole, goule, ancienne forme de gueule, avec le suffixe -ée.

Le verbe dégouliner est dérivé de dégouler « s'épancher », dérivé de goule (gueule).

Le nom (un) engoulevent (un oiseau) est composé de la forme verbale engoule (engouler) et de vent. Le verbe engouler (pour un animal, prendre brusquement avec la gueule ; avaler goulument) est dérivé de gueule.



Un goulet est un goulot ; un passage ou un bras de mer étroit ; un entonnoir pour pêcher. Un goulet d'étranglement est un goulot d'étranglement. Ce nom est un diminutif de goule, gueule, avec le suffixe -et.



Familièrement, une goulette ou margoulette sont une bouche, une mâchoire ; une gueule ; un visage, une figure. Se casser la margoulette signifie tomber. Pour l'étymologie de margoulette, voir : CNRTL.



Un vin gouleyant est frais et léger. Ce mot est dérivé de goule, gueule.



Familièrement, une, un gouliafre étaient des personnes qui mangent avec voracité et malproprement. L'adjectif gouliafre signifiait glouton, gloutonne, goulu, goulue. Ce mot est dérivé de gole, goule, gueule. Une gouliafrée était une orgie.



Un goulier est la mâchoire inférieure et la partie antérieure du cou du porc ; au Québec, c'est une bajoue de porc fumé. Ce nom attesté en Normandie et en Bretagne, est dérivé de goule, gueule, avec le suffixe -ier.



Un goulot est le col d'un récipient, d'une bouteille, d'un vase ; familièrement, c'est la bouche, le gosier. Boire au goulot signifie boire directement à la bouteille. Se rincer le goulot signifie boire. Ce nom est dérivé de goule, gueule, avec le suffixe -ot.

Un goulot d'étranglement est un passage difficile, ce qui retarde la circulation ou un processus.

Un dégoulottage est la suppression d’un goulot d’étranglement dans la chaine des opérations d’une installation industrielle afin d’en augmenter la capacité de production. En anglais : debottlenecking.


Une goulotte est un conduit d'écoulement des eaux ; un conduit ou un couloir incliné qui sert au transport par pesanteur de différents matériaux ; une ligne de glace en haute montagne. Voir le Dictionnaire des régionalismes de France. Ce nom est un diminutif de goule, gueule, avec le suffixe -otte.



L'adjectif goulu, goulue, signifie qui mange, boit ou désire une chose avec avidité ; qui est impatient, impatiente de manger. Ce mot est dérivé de goule, gueule, avec le suffixe -u. L'adverbe goulument ou goulûment signifie d'une manière goulue ; avec avidité. 


Familièrement, sa gueugueule est sa petite gueule. Une gueulade est un gueulement. Une gueulante est des cris, une clameur de protestation. Sa gueulette était sa petite gueule.

Un gueulard est l'ouverture supérieure d'un haut-fourneau ou du foyer d'une chaudière ; un porte-voix ; un canon. Familièrement, une gueularde, un gueulard sont ceux qui parlent fort et beaucoup. L'adjectif gueulard, gueularde, qualifie quelqu'un qui a pour habitude de parler haut et fort ; quelqu'un qui obéit difficilement ; quelqu'un qui est gourmand, goinfre ; ce qui est d'une couleur éclatante, criarde.

Familièrement, une gueulardise était une gourmandise ; une friandise.

Une gueule est la bouche de certains animaux ; un aspect, une apparence ; une ouverture béante. Ce nom vient du latin gula « gosier, gorge », « palais, bouche », par extension « gourmandise ».

Familièrement, une gueule est la bouche de l'homme ou un visage. Se casser la gueule signifie tomber. Casser la gueule à quelqu'un, c'est le frapper violemment au visage. Ta gueule ! Tais-toi !

Une gueulebée est un tonneau à un seul fond. Ce nom est composé de gueule et bée.

Une gueule-de-loup est un muflier, une plante ; un nœud ; une malformation caractérisée par un bec-de-lièvre complexe ; un tuyau permettant l'évacuation des fumées suivant la direction du vent ; un assemblage d'une menuiserie. Ce nom vient d'une certaine analogie de forme.

Familièrement, une gueulée était un cri, une clameur, des paroles proférées avec violence : une goulée. Un gueulement est le fait de gueuler ; un cri, un hurlement.

Familièrement, le verbe gueuler signifie pousser des hurlements ; crier, vociférer ; réclamer avec force ; revendiquer, protester bruyamment ; être bruyant ; produire un effet éclatant ; saisir avec la gueule.

Familièrement, une gueulerie est un gueulement.

Un gueules est une couleur rouge représentée sur une armoirie par des lignes verticales. Ce nom qui vient de gueule « gosier d'un animal », en raison du rôle important de la peau du gosier des animaux, surtout de la martre, dans la pelleterie ancienne, fait seulement référence à la couleur en héraldique (à comparer avec des noms de fourrure servant à désigner des couleurs : sable, hermine, vair),.

Familièrement, un gueuleton est un repas excellent et abondant. Le verbe gueuletonner signifie faire un gueuleton, bien manger.

On a lu un gueuloir pour la bouche considérée comme un instrument de résonance grâce auquel peut être jugée la qualité des sonorités de chaque mot du texte que l'on déclame.

Une gula est une gorge d'insectes (voir d'autres sens en entomologie).

L'adjectif gulaire qualifie ce qui fait partie ou est autour de la gueule : une plaque gulaire, une suture gulaire. Une gulaire est une plaque cornée autour de la gueule de certains animaux. Ce mot est tiré du latin gula « gosier, gorge » « palais, bouche » « gourmandise ». 

On lit un gulamentum (chez certains ordres d'insectes prognathes).

Le mot bégueule est composé de bée (béer) et gueule.

Le verbe dégouliner est dérivé de dégouler « s'épancher », dérivé de goule (gueule).

Les verbes dégueuler et égueuler sont dérivés de gueule.

Le nom (un) engoulevent (un oiseau) est composé de la forme verbale engoule (engouler, dérivé de gueule) et de vent.

Le verbe engueuler est dérivé de gueule. On lit aussi malengueulé (qui parle grossièrement, qui est malappris) [Québec]

Le nom (une) margoulette est un diminutif de goule, forme ancienne de gueule. D'où un margoulin.