dimanche 16 août 2026

Oreille

Un animal oreillard a de longues oreilles.

Un oreillard est un âne, un lièvre ou une chauve-souris.

Un oreillard ou une oreille, une oreillette, un oreillon sont la partie rembourrée, située de chaque côté du dossier de certains fauteuils, permettant d'appuyer la tête.

Une oreille est l'un des deux organes de l'audition et de l'équilibration des vertébrés ; l'organe de l'ouïe, l'ensemble de l'appareil auditif ; la capacité de bien percevoir les sons ; la confiance que l'on accorde à quelqu'un ; l'oreille externe, le pavillon de l'oreille ; ce qui a la même fonction ; ce qui a la même forme ou la même position. Ce nom vient du latin populaire auricula « oreille ; ouïe ; anse de cruche, en composition dans quelques noms de plantes : auricula muris, etc., diminutif en -icula (à comparer avec le suffixe -ule) du latin classique auris « oreille ; oreille attentive, attention ; jugement de l'oreille ; orillon d'une charrue », auquel il s'est substitué.

Le Dictionnaire des belgicismes indique : une oreille de lièvre (une mâche, une salade), en avoir une sur l’oreille (être éméché), une oreille de béguine (une pomme séchée au four), faire l’oreille de veau (faire semblant de ne pas comprendre).

On entend parfois "rabattre les oreilles" (comme certains chiens peuvent le faire) pour "rebattre les oreilles" : ennuyer en répétant toujours la même chose.


L'adjectif oreillé, oreillée, a signifié pourvu(e) d'oreilles.



A. Une oreille d'âne ou oreille de vache sont une consoude, une plante.

B. Une oreille d'âne ou oreille de lièvre (1) sont un buplèvre, une plante.

Deux plantes sauvages de notre flore au moins en ont ainsi hérité de ce surnom populaire d’oreille-d’âne : la consoude officinale et la knautie sylvatique. Toutes les deux ont des feuilles allongées, prolongées en pointe et un peu rugueuses au toucher. Cela dit, on a tout autant utilisé oreille-de-vache pour désigner la première !

Plus récemment, au moins trois plantes exotiques, cultivées comme ornementales d’appartement, ont ainsi été surnommées, soit en français soit en anglais (Donkey’s ears). Le Sanseveria, une asparagacée, connu aussi sous le surnom de… langue de belle-mère, possède des feuilles épaisses (plante succulente), très allongées et dures, un peu repliées : oreille-d’âne lui va donc très bien. Le Kalanchoe gastonnis-bonnieri, crassulacée originaire de Madagascar, est aussi une plante succulente aux feuilles plus larges. Le troisième est un séneçon cinéraire originaire de Colombie au feuillage recouvert d’un feutrage blanc épais, Senecio niveoaureus : c’est son toucher très velu serré qui a dû susciter cette image.

On retrouve ce surnom pour un champignon ascomycètes, une pezize commune, Otidea onotica : cette grande espèce (pour une pézize) se présente sous forme de coupes charnues tendres, fendues en deux sur toute leur longueur. Les coupes jaune orangé à orange abricot sont teintées intérieurement de rose quand elles s’ouvrent. Ce champignon pousse dans les forêts de feuillus et de conifères en fin d’été-automne. On la surnomme aussi oreille-de-lièvre : en termes de proportions, les oreilles du lièvre se rapprochent effectivement de celles de l’âne !

Extrait de Voyage avec un âne au pays des mots (Zoom nature).

C. Une oreille d'âne sert à amener l'air par un hublot.

D. Une oreille d'âne est un outil pour fixer une clé sur un étau.


Une oreille d'homme est un asaret d'Europe ou cabaret, une plante.

Une oreille d'ours est une primevère, une plante.

Une oreille de cochon est un appareil servant à la remise sur rails.

Une oreille de Judas est un champignon.

L’hyménium caoutchouteux teinté de brun pourpre se retrouve chez sa proche cousine (même genre : voir ci-dessous), l’oreille-de-Judas qui fréquente essentiellement les bois morts de sureaux noirs. Cette dernière a des carpophores nettement plus grands, bien individualisés même s’ils peuvent être serrés ; mais surtout, le dessus et le dessous sont de la même couleur, critère très facile à observer. Extrait de Auriculaire mésentérique : le champignon tripe (Zoom nature).

Une oreille de lièvre (2) est une voile.

Une oreille-de-mer ou oreille de Saint-Pierre sont un haliotide ou un ormeau, un mollusque, un coquillage.

Une oreille de Midas est un coquillage marin.

Une oreille-de-souris ou oreille de rat sont un myosotis ou une piloselle, une plante.



Un oreiller est une pièce de literie, destinée à soutenir la tête pendant le repos ; ce qui a une fonction comparable ; ce sur quoi on se repose, ce qui assure la tranquillité de l'esprit. Ce nom est dérivé d'oreille.

La seconde entrée qui a retenu mon attention concerne le couple coussin/oreiller. Je ne suis pas sûr, comme l’écrivent Hanse et collègues, que si un Belge demande un coussin dans un hôtel en France, il se fera d’office apporter « un coussin d’étoffe de décoration plus ou moins grossière et peut-être plus ou moins défraîchi » (p. 84). En tout cas la probabilité est plus faible s’il se rend dans l’une des zones vertes désignées sur la carte ci-dessous. En savoir plus : Francais de nos régions.



Une oreillette est un petit récepteur qui s'adapte à l'oreille ; un objet qui se place sur l'oreille ; une cavité du cœur qui reçoit le sang et l'envoie dans le ventricule ; un beignet de pâte très fine et étirée, cuit dans l’huile bouillante puis saupoudré de sucre fin, traditionnel de la Chandeleur et du Mardi gras ou des repas de fête d’hiver (voir le Dictionnaire des régionalismes de France) ; un champignon ; une expansion du pétiole ou du limbe ; une expansion du sommet des valves chez les mollusques lamellibranches.

Un oreillard ou une oreille, une oreillette, un oreillon sont la partie rembourrée, située de chaque côté du dossier de certains fauteuils, permettant d'appuyer la tête.

Une oreillère ou une oreille, une oreillette, un oreillon sont la partie d'un casque ou d'une coiffure couvrant chacune des oreilles.

Une oreillette ou une oreille, un oreillon, un orillon sont une partie saillante d'un objet rappelant une oreille.

Une oreillette ou une oreille, un oreillon sont ce qui, de part et d'autre d'un objet, permet de le saisir, de le fixer.


A. Un oreillon est ce qui a la forme d'une oreille ; une partie de l'oreille des chauves-souris ; une petite touffe de plumes disposée de chaque côté de la tête d'un oiseau. Des oreillons sont des rognures de peau, d'oreilles, qui servent à faire de la colle forte.

B. Les oreillons sont une maladie infectieuse et contagieuse. L'adjectif ourlien, ourlienne, est relatif aux oreillons.

C. Un oreillon ou orillon sont une saillie arrondie que forme sur le flanc la face d'un bastion.

Les noms oreillère, oreillette et oreillon sont dérivés d'oreille.

Les parties du visage sont désignées pour la plupart par des mots qui continuent leurs dénominations latines : front vient de frons, œil d’oculus, nez de nasus. Oreille, toutefois, ne vient pas d’auris, mais de son diminutif auricula. Menton remonte au latin mentum par l’intermédiaire d’un dérivé du latin vulgaire mento (accusatif mentonem). En savoir plus : Georges Gougenheim.

Le nom (un) auriculaire est emprunté au latin auricularius « qui a rapport à l'oreille ». On a lu est monaural ou monauriculaire pour monophonique.

Le nom (un) auricule est emprunté au latin auricula « oreille ; ouïe ; anse de cruche», diminutif de auris « oreille ; oreille attentive, attention ; jugement de l'oreille ; orillon d'une charrue ».

Le verbe essoriller (couper les oreilles, couper très court les cheveux) est dérivé d'oreille avec le préfixe privatif es- du latin ex-.

Les noms (une) haliotide (un mollusque) et (un) haliotis (un coquillage de même type) sont des adaptations du latin haliotis, haliotidis, du grec α ́ λ ι ο ς « marin » et ο υ ̃ ς, ω ̓ τ ο ́ ς « oreille ».

Le nom (un) myosotis (une plante ; sa fleur ; sa couleur) est emprunté au latin myosota, myosotis, transcription du grec μ υ ο ς ω ̃ τ α, μ υ ο σ ω τ ι ́ ς « myosotis », proprement « oreille de souris » en raison de la forme des feuilles.

Le nom (un) ormeau (2) ormet ou ormier (une haliotide, une oreille de mer) est une altération d'ormier, d'où l'anglais ormer, terme dialectal de l'Ouest, du latin auris maris « oreille de mer », en raison de la ressemblance de ce coquillage avec l'oreille, auris «coquille» étant attesté, ou une forme contractée de oreille de mer.

Le nom (une) otarie (un mammifère marin) est emprunté au grec ω ̓ τ α ́ ρ ι ο ν « petite oreille », diminutif de ο υ ̃ ς, ω ̓ τ ο ́ ς « oreille ». D'où : les otariidés.

-ote, du grec ο υ ̃ ς, génitif ω ̓ τ ο ́ ς « oreille » :

  • ictérote : qui a des oreilles jaunes ou des taches jaunes sur chaque côté de la tête.

  • une lépiote : un champignon.

  • mélanote : qui a les oreilles, les ouïes noires.

  • oxyote : qui a les oreilles pointues.

  • une pleurote : un champignon.

  • une psalliote : un champignon.

ot(o)- est tiré du grec ο υ ̃ ς, ω ̓ τ ο ́ ς « oreille » : une otacariase, une otalgie, un othématome, otique, une otite, otitique, un otocéphale, otoconial, une otoconie, un otocyon, un otocyste, un otolithe, otolithique, une otologie, otologique, une, un otologiste ou otologue, une oto-mastoïdite, une otomycose, un otomys, une otopathie, une otoplastie, une oto-rhino-laryngologie ou ORL , oto-rhino-laryngologique ou ORL, une, un un oto-rhino-laryngologiste ou oto-rhino-laryngologue, otorhino, ORL, une otorragie ou otorrhagie, une otorrhée ou otorrée, un otoscope, une otoscopie, otoscopique, une otospongiose.

Le nom (une glande) parotide (une glande salivaire ; un gonflement, une tumeur de la parotide ou de sa région) est emprunté au latin parotis, parotidis « gonflement des glandes de l'oreille », du grec π α ρ ω τ ι ́ ς (de π α ρ α ́ « à côté [de] » et ο υ ̃ ς, ω ̓ τ ο ́ ς « oreille »). D'où : une parotidectomie (une ablation totale ou partielle de la parotide), parotidien (relatif à la parotide, à sa région), une parotidite (une inflammation de la parotide, accompagnant une infection ou une intoxication).

Un étrange hasard a fait que l’année 1810 a vu, parmi celle de nombreux autres mots, l’apparition de deux termes ayant le même radical. En effet, on pouvait lire pour la première fois, dans le Nouveau Dictionnaire de médecine de Joseph Capuron, le mot otite et, dans une « Notice sur l’habitation des phoques » de François Péron, parue dans les Annales du Muséum d’histoire naturelle, le mot otarie. Ouvrages bien savants pour ces noms, tous deux tirés du grec ous, ôtos, « oreille », et qui allaient rapidement entrer dans la langue courante.

Il faut dire que cette première moitié du 19ème siècle fut une période faste pour les mots formés à partir de cette racine, puisque naquirent dans notre langue les termes otique (1812), otorrhée (1823), otolithe (1827) et otocyon (1847). L’otorhinolaryngologiste et son otoscope viendraient un peu plus tard. L’otologie et l’otalgie dataient du 18ème siècle, mais un autre nom les avait précédés : myosotis. L’anglais forget-me-not et l’allemand Vergissmeinnicht nous auraient rappelé, s’il en avait été besoin, qu’il convient de ne pas oublier cette fleur qui symbolise le souvenir fidèle. Ce mot se rencontre d’abord chez Rabelais sous la forme myosota, proprement « oreilles de souris ». Et d’ailleurs, quand cette fleur fait son entrée dans le Dictionnaire de l’Académie française, en 1762, ce n’est pas à Myosotis qu’on la trouve, mais à Oreille de souris, avec cependant cette note à la fin de la définition : « On dit aussi myosotis. » Cette indication figurera jusqu’à la sixième édition en 1835, même si à cette date Oreille de souris cesse de faire l’objet d’une entrée séparée et doit être cherché à Oreille. Les deux dernières éditions soulignent que cette fleur s’appelle aussi Ne-m’oubliez-pas.

Auparavant c’est le latin qui fournissait les noms liés à cet organe, et d’abord auris, dont le diminutif auricula, altéré en oricla, est à l’origine du nom « oreille ».

Auris a de nombreux dérivés. Du latin auricularius, « qui concerne l’oreille », Rabelais, encore lui, a tiré l’expression « doigt auriculaire », pour désigner un doigt suffisamment fin pour pouvoir être introduit dans l’oreille, expression ensuite simplifiée en « auriculaire ». Ce n’était pas le seul sens de auricularius, puisque le latin médiéval appelait ainsi un confesseur – et rappelons que l’on oppose encore la confession auriculaire (à l’oreille du prêtre) à la confession publique –, mais aussi un confident ou un espion. Ce rapport entre oreille et espionnage se retrouve à toutes les époques ; on l’a ainsi vu pendant les deux guerres mondiales sur de nombreuses affiches signalant que « les murs ont des oreilles ».

De aus, une forme ancienne de auris, a été tiré auscultare, « prêter l’oreille, écouter attentivement », qui a donné « ausculter », mais aussi, dès le 9ème siècle, « écouter ». D’écouter, qui s’est d’abord écrit escouter et a d’abord signifié « espionner », a été tiré l’ancien français escoute, « personne qui écoute, espion », que l’anglais nous emprunta sous la forme scout, un nom qui désigna d’abord un soldat envoyé en éclaireur.

Le nom oreille a été particulièrement productif en français : il est à l’origine de nombreux termes, en rapport avec les oreilles ou liés à celles-ci par analogie. C’est le cas d’oreillard, qui s’est d’abord rencontré comme nom avec le sens de « confesseur », avant de désigner des animaux à grandes oreilles, âne, lièvre, lapin et une variété de chauve-souris dont les oreilles sont aussi grandes que le corps. Baudelaire a ajouté à ces sens, dans le Salon de 1846, celui d’« oreille de fauteuil » : Quand la septième heure ou huitième heure sonnée incline votre tête vers les braises du foyer et les oreillards du fauteuil.

Il en va de même pour oreillette, qui, après avoir été une petite oreille, a servi à nommer des couvre-oreilles, une cavité du cœur, un beignet, une feuille de mâche (sous la forme orillette) ou encore quelques variétés de champignons, avant d’être aujourd’hui un récepteur de petite taille que l’on peut placer dans son oreille.

Il y a aussi l’oreillon, qui fut dans un premier temps un coup sur l’oreille – et qui est peut-être à l’origine du nom horion –, puis, au pluriel, une maladie contagieuse touchant, entre autres, les oreilles ; c’est aussi la partie mobile d’un casque romain (et plus tard d’une casquette) protégeant les oreilles, ou une demi-pêche ou un demi-abricot. On se gardera bien d’oublier l’oreiller mais l’on s’étonnera que les expressions confidences sur l’oreiller et se réconcilier sur l’oreiller ne soient en usage que depuis le 20ème siècle, tant il y a lieu de croire que ce qu’elles désignent est bien antérieur.

C’est aussi d’oreille qu’est tiré le verbe essoriller, « couper les oreilles ». On essorillait naguère certaines races de chiens, pour que, de tombantes, leurs oreilles deviennent droites, mais c’était aussi un supplice fort en usage au Moyen Âge. Il était le plus souvent appliqué aux serfs et aux serviteurs de l’Église. Cette pratique se répandit tellement que deux conciles, au 7ème siècle, défendirent aux évêques d’infliger ce supplice à ceux qui les servaient, et que le concile de Francfort, en 794, interdit aux abbés de traiter ainsi les moines, quelque faute qu’ils aient pu commettre. Les sorciers coupables de s’être rendus au sabbat étaient essorillés avant d’être mis à mort et le bourreau clouait leurs oreilles au gibet. La rue de la Coutellerie, à Paris, s’appelait au 13ème siècle rue de la Vieille-Oreille (veteris auris), ce nom passa ensuite de Guigne-Oreille à Guigne-Ori ou Guilleri parce qu’à cet endroit se trouvait un pilori où l’on coupait les oreilles.

Rappelons pour conclure sur l’essorillement une anecdote rapportée par Grégoire de Tours dans son Histoire des rois francs, à la gloire de deux maîtres d’école qui enseignaient à l’époque où Chilpéric Ier était roi. Ce dernier, qui se piquait d’être théologien, poète et grammairien, avait voulu, en cette qualité, introduire une nouvelle orthographe. N’étant pas d’accord avec cette réforme, ces deux courageux maîtres préférèrent se laisser essoriller que d’accepter cette innovation.

Heureusement, comme cela s’est déjà vu avec penderie ou sauterie, les mêmes mots finissent par désigner des réalités moins cruelles. Ce fut aussi le cas avec essoriller puisque ce mot prit, à partir du 18ème siècle, le sens de « couper les cheveux fort court », et on lisait encore dans la 8e édition de notre Dictionnaire : « Qui vous a ainsi essorillé ? »

Académie française

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